Université de BordeauxCluster of excellence

Maël Gauneau, doctorant du vieillissement

Maël Gauneau, doctorant du vieillissement

Sociologue de formation, Maël Gauneau est doctorant au laboratoire PAVE - Centre Emile Durkheim. Sa thèse en contrat CIFRE est réalisée en collaboration avec le Conseil Départemental de la Gironde et porte sur la question du vieillissement à domicile et de son anticipation, en France et au Canada. Portrait d’un doctorant qui s’intéresse autant à l’action publique qu’aux parcours résidentiels de vie des personnes âgées.

Entretien réalisé par Jessica Brandler, chargée de mission au Forum urbain en 2020.


Quel est ton parcours ?
J’ai fait mes études à la faculté de sociologie de Bordeaux. Je me suis orienté vers le master 2 professionnel "Problèmes sociaux et politiques urbaines" de Thierry Oblet et Agnès Villechaise parce qu'à ce moment-là, la recherche ne me tentait pas du tout. J’ai pourtant réalisé mon stage au laboratoire PAVE pour contribuer au programme de recherche sur l'habitat et le vieillissement. A la suite de mon stage au laboratoire, le sociologue Guy Tapie, responsable du programme, m’a proposé un poste de chargé de mission pour poursuivre les recherches, ce que j’ai fait sur presque deux ans. Pendant ce temps, j’ai cherché un financement pour commencer une thèse qui me permette de valoriser et approfondir mes connaissances sur le sujet. Et c'est comme ça que j’ai obtenu le soutien du Département à la fin de mon contrat avec le laboratoire PAVE.


Qu'est-ce qui t'as attiré vers la recherche ? 
J’ai toujours été intéressé par les politiques publiques et les questions urbaines à la fac. Le master était tourné vers les politiques de la ville, sujet qui faisait écho au programme de recherche sur lequel je travaillais durant mon stage. Pourtant, l’habitat et les personnes âgées n’étaient pas des sujets sur lesquels je m’étais penché avant mon stage. Mais suite à une présentation de Guy Tapie et de Patrice Godier de leur ouvrage "Bordeaux métropole. Un futur sans ruptures" (Parenthèses Ed., 2009), j’ai été interpellé par la question et j’ai souhaité me rapprocher d'eux. Mon histoire avec la recherche c’est donc avant tout une histoire de rencontres avec des personnes et une thématique.


A quels grands enjeux urbains répondent tes recherches et tes travaux ? 
Je travaille plus sur les enjeux de l’habitat que sur les enjeux urbains à proprement parler. Le titre provisoire de ma thèse est "Anticiper son vieillissement à domicile: regards croisés France - Canada". L’objectif est de comprendre le parcours des personnes âgées ou vieillissantes et les facteurs qui expliquent que le vieillissement soit anticipé, ou non, dans l’habitat. Du coup, mes travaux contribuent à mieux cibler les politiques publiques à destination des personnes âgées sur la question de l’habitat, à interroger la place et la pertinence de la médiation et des politiques d’accompagnement qui sont mises en place pour favoriser l’anticipation, par exemple. C’est aussi un moyen de travailler sur la prévention, question très en vogue actuellement, dans ce domaine et dans bien d’autres. La réduction des coûts d’hébergement dans les Etablissements d'Hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), et de ceux liés aux hospitalisations, sont des sujets importants de gestion publique.

On se rend compte que très peu de personnes adaptent leurs logements ; elles le font plutôt à la suite d'un accident ou d'une chute. La plupart du temps, les personnes restent chez elles sans vraiment adapter leur logement, sans vraiment réfléchir à leur aménagement et se retrouvent contraintes d'aller en EHPAD lors du décès de leur conjoint, marquant une rupture dans leur trajectoire résidentielle. Dans certains cas, l'adaptation du logement leur aurait pourtant permis de rester à domicile, en réalisant des aménagements. Dans d'autres, une étape intermédiaire aurait pu être réfléchie, comme le fait d’aménager dans un appartement plus petit et adapté en termes de modes de vie, de sociabilité. Le problème, c’est que les personnes ont peu recours aux dispositifs existants, peut-être parce qu’ils ne correspondent pas assez à leurs attentes ou à leurs besoins, peut-être parce qu’il y a un manque d’information... autant de questions sur lesquelles je travaille actuellement.

D'après toi, quel est le rôle du chercheur ?
Le rôle du chercheur en sciences humaines est d’observer le social pour essayer de le retranscrire de la manière la plus fidèle possible, en essayant de l’objectiver, que ce soit en recueillant le discours des acteurs ou en pratiquant l’observation participante. Le chercheur doit aussi rendre le plus compréhensibles et intelligibles possible les résultats de son analyse. Car, même si je ne pense pas que le rôle du chercheur soit de proposer des actions, la recherche se doit d’être accessible pour ne pas évoluer exclusivement dans un milieu académique. Il me semble important de faire circuler l’information pour contribuer à l’élaboration des politiques publiques.


A quoi ressemble ton quotidien de doctorant ? 
Actuellement, je travaille sur l’état des connaissances sur le sujet, et sur l'analyse des entretiens réalisés pour le programme Habitat et vieillissement. En parallèle, je me replonge dans les lectures des politiques publiques et des systèmes de protection sociaux français et québécois pour continuer de construire mon objet de recherche. Après, en dehors du contexte particulier que nous vivons [épidémie du Covid-2019], je passe 3 jours par semaine au Département de la Gironde et 2 jours au laboratoire PAVE mais cela reste très souple. J’ai la chance de pouvoir organiser mon travail comme je le souhaite et de bénéficier d’un bureau dans chacune des deux organisations. Je navigue entre l’école d’architecture où j’enseigne et Sciences Po Bordeaux où je retrouve les autres thésards du Centre Emile Durkheim pour échanger sur des questions méthodologiques, donc je bouge pas mal ! L’immersion en collectivité est très riche aussi et m’apporte un autre regard sur mon sujet d’étude. C’est une confrontation en temps réel entre des lectures scientifiques d'un côté et la fabrique des politiques sur l’habitat de l'autre... et je pense que ce me sera bien utile pour la phase de terrain !


Quels sont tes projets pour l'avenir ? 
Pour l'instant, je n’ai pas de projets précis. Nous savons ô combien le monde universitaire est "bouché", mais si l’opportunité se présente, je poursuivrais dans l'enseignement et la recherche. Pour autant, je ne m'interdis pas de travailler plus tard dans un autre milieu, dans le public ou dans le privé. A plus court terme, je souhaite terminer la rédaction du rapport final d'une enquête que nous avons mené avec le laboratoire PAVE sur le "logement du bien vieillir" à Dax, en partenariat avec le Forum urbain et Leroy Merlin Source. Ensuite, j’essaye de limiter au maximum tous les autres engagements pour me concentrer sur la thèse. Quand on a plusieurs casquettes, c’est important d’apprendre à prioriser.


Et que représente pour toi le Forum urbain ?
A partir du moment où je suis entré dans le milieu universitaire, j’ai toujours connu le Forum urbain. En fait, je suis arrivé en stage à PAVE en même temps que le lancement du workshop du programme "Habitat et vieillissement", organisé par le laboratoire avec l'aide du Forum urbain. Puis, tout au long de ce programme de recherche et du projet sur le "logement du bien vieillir", nous avons été accompagnés par le Forum urbain pour organiser des séminaires de travail et des ateliers avec les partenaires. Pour moi, le Forum urbain est indissociable de mon parcours de recherche. Il a vraiment joué un rôle de mise en relation entre les milieux universitaire et professionnel, voire au-delà avec d'autres types d'expertise provenant du secteur associatif, des collectivités et des entreprises. Et ça fonctionne plutôt pas mal !


Pour finir, quels sont tes loisirs en dehors de la recherche ?
Je sors pas mal et je lis beaucoup aussi. Dernièrement, j’ai lu un David Vann que j’avais sur ma table de chevet ; c'est un auteur américain édité en France par Gallmeister, une superbe maison d’édition qui publie des romans américains. Ils ont une collection de littérature un peu sombre, c’est vraiment bien mais je ne crois pas que ce soit une bonne recommandation de lecture en ce moment [rires] ! Sinon avant le confinement, j’ai lu Black-out de Connie Willis, un roman de science-fiction dans lequel des historiens voyagent dans le temps pour mener leurs recherches. Ca se passe dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale en Angleterre et c’est super bien !

Figure dans les rubriques
Portraits des chercheurs du Forum urbain


HAUT