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Aurélie Bousquet, vers une ville résiliente face aux risques d’inondation

Aurélie Bousquet, vers une ville résiliente face aux risques d’inondationCrédit photo : Forum urbain

Docteure en géographie, Aurélie Bousquet a réalisé une thèse cartographie et participation. Après deux années en post-doctorat à l’Université de Pau sur le thème de la perception du changement climatique par les habitants, elle intègre fin 2020, le laboratoire privé de recherche appliquée Mayane Éco & Gouv. Portrait.

Entretien réalisé en 2018 par Charlotte Hemery, stagiaire au Forum urbain.

Quel est votre parcours ?

J’ai suivi une formation de géographe et à partir de mes résultats de recherche obtenus en master sur le thème de la qualité de l’eau et des changements d’occupation du sol, j’ai élaboré un sujet de thèse que j’ai soutenue en 2016 à l’Université Bordeaux Montaigne et qui s’intitule "Cartographie et participation. Vers une pluralisation des sources de connaissance. Application à la Trame Verte et Bleue dans le bocage bressuirais". Il s’agissait d’analyser les continuités écologiques dans les documents d’urbanisme, tout en amenant une dimension participative à la carte. À la suite de ça, j’ai réalisé des missions courtes pour le Forum urbain dans le cadre du projet ALIM’ qui consistait en une recherche-action sur le dernier kilomètre depuis/vers les gares de l’agglomération bordelaise, en encadrant notamment des étudiants en 3ème année de licence en géographie et en 2ème année de master « Gestion Territoriale du Développement Durable » de l’Université Bordeaux Montaigne. Fin 2018, j’ai rejoint le programme de recherche DECISIF[1] porté par l’Université de Pau sur la perception du changement climatique par les habitants de l’agglomération paloise. Mais l’évolution la plus importante dernièrement a été mon recrutement au sein de Mayane Éco & Gouv, un laboratoire privé de recherche appliquée sur l’adaptation au changement climatique.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?

J’avais depuis longtemps l’idée de faire une thèse, mais c’est véritablement mon stage de master 1 sur la qualité de l’eau du Bassin d’Arcachon qui m’a révélée à la recherche en me permettant de participer à toutes les étapes : collecte d’échantillons, production d’une base de données… Et puis il y avait évidemment en moi ce côté curieux, dès l’enfance à toujours demander "pourquoi ?", et aussi à vouloir comprendre comme s’organisent et fonctionnent les choses. À ces interrogations, aujourd’hui s’ajoute celle-ci : comment faire pour améliorer les choses ?nbsp;

Comment s'est opéré ce passage de la recherche publique à la recherche privé ?

Ça s’est fait par hasard grâce à Twitter ! Emma Haziza, la présidente de Mayane, m’a directement contactée, car elle cherchait « à monter une équipe de chercheur » pour travailler sur l’adaptation au changement climatique. L’objectif est de dépasser les réponses sectorisées et standardisées que peuvent proposer les bureaux études, pour proposer des solutions transversales adaptées au contexte local des collectivités. De manière plus pratique, il a fallu environ deux mois, le télétravail n’aidant pas, pour qu’avec mon responsable, on arrive à articuler mes missions de recherche avec les missions existantes de la société.

Quelles différences y a t-il entre la recherche publique et la recherche privée ?

Pour l’instant, assez peu, puisque que j’ai du temps de prévu pour faire de la recherche fondamentale, ce qui représente environ 50 % de mon temps de travail. J’interviens également dans une formation dans une école du paysage. Au final, mon poste se rapproche en partie des missions attendues pour un maître de conférences à l’université. La principale différence réside dans la production de rendus intermédiaires qui vient directement alimenter les formations qu’on organise ou les réponses aux appels d’offres.

Quel est selon vous le rôle du chercheur ?

Être chercheur, c’est se poser des questions que les autres n’ont pas le temps de se poser. Pour moi, c’est important qu’une partie de la population prenne le temps de se questionner sur des sujets qui semblent parfois éloignés de la réalité, car c’est comme cela que l’on découvre des choses fondamentales qui peuvent par la suite déboucher sur des applications très concrètes. Par exemple, la notion de résilience qui à l’origine était travaillée par des chercheurs issus de disciplines variées : physique des matériaux, psychologie et écologie. Aujourd’hui, la résilience est devenue un nouveau paradigme de l’aménagement des villes pour faire face, de manière très concrète, à des risques de plus en plus extrêmes et parfois difficilement prévisibles.

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?

Ces dernières années, mes travaux s’orientent sur la question de l’adaptation des villes au changement climatique selon deux axes de recherche. L’un en étudiant plus particulièrement le déploiement des PCAET (Plan Climat Air Énergie Territorial) en France, où l’objectif est d’identifier les freins et les leviers pour la mise en œuvre de la transition écologique, aussi bien pour les collectivités que pour les habitants. Le second axe de recherche concerne plus particulièrement la production d’une ville résiliente au risque d’inondation dans un contexte de changement climatique, où il est à prévoir des événements climatiques de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses. L’un des enjeux est de réussir à produire des aménagements adaptés à des situations exceptionnelles, mais qui soient aussi compatibles avec un usage de la ville au quotidien par ses habitants. Bien sûr, je conserve aussi les réflexions entamées au cours de ma thèse sur l’usage de la cartographie, avec l’idée qu’il faut sortir d’une conception positiviste de la carte. Si c’est un outil que je ne rejette pas, car il est évidemment utile. Dans mes travaux, je croise les deux visions : une vue du "dedans" avec le recours à la photographie et aux sorties sur le terrain, et une vue du "dessus" par la carte.

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites ou fiertés
 ?

L’achèvement de ma thèse est évidemment une fierté sans équivalent, mais au-delà de cela je suis heureuse d’avoir réussi le pari d’allier la participation avec la cartographie et la réglementation : voir pendant les ateliers que j’animais des personnes prendre la parole alors qu’elles ne se sentaient auparavant pas assez légitimes pour le faire était gratifiant. Une autre réussite pour moi est aujourd’hui d’avoir trouvé un moyen de continuer à faire de la recherche alors que le contexte en France est mis à rude épreuve, notamment pour les sciences sociales. Enfin, l’enseignement, que ça soit auprès d’étudiants ou par l’organisation de formations professionnelles, est également une activité qui me procure beaucoup de plaisir.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Dans les mois et années qui viennent, j’aimerais développer des partenariats plus resserrés entre la recherche et les collectivités locales sur l’adaptation au changement climatique et plus particulièrement sur la résilience des espaces urbains face au risque d’inondation. Pour l’instant, cela se traduit par l’organisation de formations qui réunissent architectes, universitaires, personnels de collectivités, techniciens, etc. À terme, j’aimerais que cela débouche sur des programmes de recherche appliquée.

Que représente pour vous le Forum urbain ?

En tant que jeune docteure, le Forum urbain a été une vraie chance pour moi, car il offre des opportunités de missions intéressantes de par sa vocation d’intermédiaire entre praticiens et chercheurs. Les missions que j’ai réalisées avec le Forum urbain en partenariat avec le laboratoire PASSAGES dans le cadre du projet ALIM, m’ont poussé à m’intéresser aux questions de mobilité et à mobiliser des outils et concepts issus de l’environnement. Le Forum urbain me permet aussi, grâce aux événements qu’il organise et ses lettres d’informations, de me tenir au courant des dynamiques de recherche qui animent l’ensemble du réseau.


Quels sont vos loisirs et lectures du moment ?

L’aïkido est ma passion depuis 17 ans ! Je suis aujourd’hui ceinture noire 2e Dan. Je participe aussi chaque année à l’organisation d’un stage d’aïkido en août qui réunit des participants du monde entier. En ce moment, à cause du contexte sanitaire, il m’est impossible de pratiquer et l’aïkido me manque énormément !

J’aime beaucoup lire de la fantasy ! On y retrouve presque tous les thèmes de la géographie et de l’environnement. Le recueil de nouvelles d’Alain Damasio, « Aucun souvenir assez solide », m’a particulièrement marquée, car les villes qu’il donne à voir repoussent les limites de l’imagination que l’on peut avoir sur ces espaces urbains.

Quelques travaux disponibles en ligne :
● [thèse] "Cartographie et participation. Vers une pluralisation des sources de connaissance. Application à la Trame Verte et Bleue dans le bocage bressuirais", thèse de doctorat en géographie sous la direction de Laurent Couderchet, Université Bordeaux Montaigne, 2016.
● [article] "Les résolutions des bases de données "occupation du sol" et la mesure du changement : articuler l'espace, le temps et le thème" (avec L. Couderchet, A. Gassiat, B. Hautdidier), L’Espace géographique, tome 42(1), 2013


[1] Programme de recherche DéCiSiF pour Les enjeux locaux de la transition : Décideurs et Citoyens dans un contexte de signaux faibles.  

Figure dans les rubriquesPortraits des chercheurs sur la ville


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