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Julie Ambal, jeune chercheuse sériephile

Julie Ambal, jeune chercheuse sériephile

Docteure rattachée au laboratoire PAVE - Centre Emile Durkheim, Julie Ambal s’intéresse aux liens entre imaginaires et grands projets urbains ; une manière d'allier sa curiosité pour la fabrique métropolitaine et son intérêt pour les films et les séries. Portrait. 

Entretien réalisé par Julie Clerc, chargée de mission au Forum urbain depuis 2017.


Quel est votre
parcours
 ?

J’ai un parcours peu commun. D’abord, j’ai suivi un BTS « Design de l’espace » car au départ, je voulais être architecte d’intérieur et avoir un diplôme en peu de temps pour pouvoir travailler rapidement. Ce diplôme a été une vraie école de la vie ! J’ai finalement passé le concours pour entrer en école de paysage et c’est là que j’ai découvert le monde de l’aménagement urbain et celui de la recherche, un peu plus tard à l’occasion de mon projet de fin d’étude. Je me suis inscrite en doctorat au laboratoire PAVE - Centre Emile Durkheim fin 2013 et j’ai soutenu ma thèse fin 2019. Entre temps, j’ai enseigné en master à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux (ENSAP Bx) et j’ai participé à la création du parcours « Intelligence et Architecture des Territoires » (IAT) à l’ENSAP Bx avec entre autres Stéphane Hirschberger, et au lancement des projets collectifs en partenariat avec le master « Stratégies et Gouvernances Métropolitaines » (SGM) de Sciences Po Bordeaux, pour lesquels j’ai été tutrice pendant 3 années. J’ai également animé des concertations pour la ville et la métropole, organisé des visites de Bordeaux à destination des architectes, répondu à des concours de paysage... tout cela m’a permis de réaliser une veille pour ma thèse et de me construire un réseau pour l’"après".  

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la recherche ?

C’est d’abord la curiosité : j’ai découvert au cours de ma formation de paysagiste qu’il y avait plein de gens qui réfléchissaient sur tout un tas de sujets, j’ai appris que mes vérités générales n’en étaient pas et cela m’a donné envie de continuer à chercher à comprendre. Mais c’est aussi et surtout le besoin de me construire une légitimité pour pouvoir exercer dans le domaine de la maitrise d’ouvrage urbaine car, à l’issue de mes études, j’avais plutôt l’impression d’être généraliste de tout et spécialiste de rien. Bon, j’ai présenté ma thèse il y a 6 mois et j’ai encore pas mal de doutes [rires], ce qui m'incite aussi à continuer dans la recherche !

A quels grands enjeux de recherche urbain vos travaux répondent-ils ?

Mes travaux de recherche doctorale répondent à la question suivante : comment la ville est perçue, imaginée et comment ses représentations influencent-elles sa fabrication ? J’ai donc beaucoup interrogé la question des images, des imaginaires, la production fictionnelle sur la ville et les liens avec les manières de la concevoir. C’est avec ces représentations à un instant « T » qu’on essaie d’imaginer leur devenir. La conclusion à laquelle je suis arrivée, c’est qu’on a beaucoup de mal à anticiper les besoins, même à court terme. Il n’y a qu’à prendre l’exemple du tramway à Bordeaux : on a investi dans une infrastructure lourde de transport, on a retiré de l’espace à la voiture en faveur du piéton, mais on n’a pas prévu que les gens se déplaceraient en vélo dix ans plus tard et aujourd’hui cela manque cruellement. Je me suis aussi intéressée à la production urbaine, ses acteurs et leurs expertises. Ces dernières années, on a beaucoup entendu parler de la place de l’usager, qui fait passer au second plan l’expertise des professionnels (architectes, paysagistes, etc.). Mais on peut aussi s’interroger sur la place de l’expertise en fonction des territoires : si les métropoles semblent avoir des experts sur tous les sujets, dans les villes moyennes et territoires ruraux, l’expertise est absente à première vue. Or, elle doit être cherchée ailleurs pour réinterroger ces territoires car il n’est pas concevable de réinventer Paris toutes les deux minutes, et de ne jamais réfléchir au devenir de Saint-Loubès[1] !

> En complément, écouter l'interview de Julie Ambal dans l'émission "Que cherchent-ils ?", diffusée le 14/01/2020 sur RCF Bordeaux

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites ou fiertés ?

Ma plus grande réussite, c’est sans doute d’avoir achevé ma thèse parce qu’au départ je pensais que je n’aimais pas écrire, donc ça a été un vrai défi pour moi. A un moment donné, j’ai dû me poser la question de la poursuivre ou de l’arrêter au vu des différentes activités que je menais en parallèle, mais j’ai décidé de terminer ce que j’avais entrepris, et contrairement à certains de mes collègues, j’aime toujours mon sujet et je souhaite même poursuivre cette recherche. Ma fierté c’est, je crois, d’avoir créé le séminaire de master « Repenser la métropolisation » à l’ENSAP Bx avec Xavier Guillot et d’avoir des retours positifs des étudiants. Je suis aussi heureuse de pouvoir aujourd’hui échanger et travailler avec des collègues chercheurs, parce que quand j’ai débuté au Centre Emile Durkheim, je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu’ils racontaient ! Ça aussi, c’est une fierté car le monde de la recherche m’était complètement étranger.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

A court terme, j’aimerais travailler pendant un ou deux ans sur un sujet pour asseoir mon expertise, donc je suis actuellement à la recherche d’un post-doctorat. En parallèle, je candidate à des postes de maitre de conférences à l’Université car mon objectif à long-terme est d’enseigner. Je suis issue d’une famille d’enseignants, donc c’était vraiment la dernière chose à laquelle je songeais jusqu’à présent, mais mon expérience d'enseignante m’a beaucoup plu. Ensuite, j’aimerais que mes recherches sur la production de discours fictionnels sur la ville prennent une place plus importante, avec peut-être la participation à la rédaction d’un ouvrage avec des chercheurs en narratologie sur le sujet.

Qu’est-ce que vous a apporté le Forum urbain ?

Je suis le Forum urbain depuis sa création, je suis une grande fan et je ne m’en cache pas ! Pour moi, c’est d’abord tout le réseau que vous avez créé. A Bordeaux, nous n’étions pas très nombreux à travailler sur les questions urbaines, et il n’y avait pas de communauté universitaire constituée sur ces sujets-là. C’est aussi une mise en réseau qui va au-delà de la recherche : encore récemment, j’ai mobilisé dans le cadre de mes activités d’enseignement des professionnels de l’urbain que j’ai rencontré via le Forum urbain. Vous offrez des opportunités de rencontres, des opportunités de formation aussi ! Moi, j’ai pu bénéficier d’une formation à l’a-urba (Agence d’urbanisme d’Aquitaine Bordeaux métropole) sur les mobilités urbaines, qui était normalement réservée à des professionnels nouvellement arrivés sur le territoire de la métropole bordelaise. Le Forum urbain m’a aussi permis de faire du terrain : en novembre 2015, grâce au partenariat entre le Forum urbain et Cap Sciences, j’ai réalisé des entretiens dans le cadre de la Fête de la Science qui m’ont ensuite servi pour ma thèse. Et puis, le Forum urbain fonctionne aussi grâce à une équipe opérationnelle toujours à l’écoute, et épaulée chaque année par des stagiaires qui s'intéressent à la recherche. Je trouve ça très bien que vous ayez à la fois un pied dans la recherche et un autre chez les praticiens. Ça n’existe pas partout ce genre d’initiatives ; on a de la chance à Bordeaux !

Quels sont vos loisirs en ce moment ?

J’aime beaucoup la culture populaire, notamment au cinéma et dans les séries ! Je regarde des séries depuis que j’ai eu accès à la télévision. J’aime aussi bien Friends que Battlestar Galactica. En ce moment, on traverse une période très particulière [confinement à la suite de l’épidémie du coronavirus], donc j’en profite pour revoir des séries que j’ai en DVD comme Buffy contre les vampires (1997-2003) et Alias (2001-2006), ou des films comme Jurassic Park (Spielberg, 1993) ou le chef-d’œuvre Arrival (2016) que je conseille à tous.

Sinon, depuis 3-4 ans, je prends du plaisir à vivre en mode « zéro déchet ». J’ai toujours aimé faire les choses par moi-même, mais depuis quelques temps c’est vraiment devenu un objectif : apprendre à savoir faire, être autonome, se contenter de choses simples. Donc j’essaie d’être plus attentive aux modes de production et de distribution des produits et matières que j’achète, de réduire ma consommation, de passer au maximum par des circuits courts ou du moins, par ceux qui me paraissent les plus vertueux.

Quelques travaux disponibles en ligne : 

• [thèse] « Projets urbains et imaginaires de la mobilité, les nouveaux récits de la fabrique métropolitaine. Le cas du mégaprojet Bordeaux Euratlantique », thèse de doctorat en sociologie sous la direction de Guy Tapie, Université de Bordeaux, 2019.

• [article] « Paysage emblématique/paysage générique : le cas de Vancouver comme décor de substitution » (avec Aurélien Ramos), Entrelacs, Hors-série n° 4, 2016.

• [radio] « Mobilités dans la Métropole de Bordeaux », interview sur RCF dans l’émission « Que cherchent-ils ? » le 14 janvier 2020.


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[1] Julie Ambal a participé avec Xavier Guillot (laboratoire PASSAGES) à une monographie de Saint-Loubès, petite ville de l’Entre-deux-mers dans le bassin métropolitain de Bordeaux, portée par le Forum urbain et financée par l’a-urba. Pour en savoir plus.

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