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Marina Honta : la sociologie est un sport urbain !

Marina Honta : la sociologie est un sport urbain !
Crédit photo : Forum urbain

Marina Honta est une ancienne élève de STAPS Bordeaux, tombée "raide dingue" de la sociologie et qui a décidé d’en faire son métier. Spécialiste des politiques publiques du sport et de la santé, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse dans l’établissement qui l’a formée et n’arrête jamais d’étudier ce qui suscite sa curiosité. Portrait.


Quelles sont vos grandes thématiques de recherche ? 

Je travaille sur l’analyse des politiques publiques depuis mon DEA[1], et je me suis spécialisée dans le domaine sportif puisque ma thèse a porté sur la mise en œuvre d’une politique publique étatique concernant le sport de haut niveau en France. J’ai poursuivi  en m’intéressant aux  jeux d’acteurs mobilisés dans l’élaboration et la conduite des politiques sportives territoriales et nationales. Mon objet de recherche s’est ensuite élargi lorsque l’activité physique a été progressivement reconnue comme un déterminant de santé. J’ai alors commencé à m’intéresser aux politiques sportives territoriales affichant des finalités de santé publique. Aujourd’hui, mon principal sujet d’étude concerne les politiques de santé publique. Je suis par ailleurs membre du comité de pilotage du contrat local de santé de Bordeaux Métropole, et du comité d’experts sur la prévention et la promotion de la santé au sein de l’Agence Santé publique France. Cela me permet d’étudier la manière dont la métropole de Bordeaux construit une action métropolitaine en matière de santé publique, et de saisir également quelques uns des modes de fonctionnement de l’Etat central en la matière. 


Comment vous êtes-vous orientée vers la recherche ? 
Sportive de haut niveau en handball, je me suis orientée vers des études en STAPS[2]. Au départ, comme beaucoup de jeunes qui se lancent dans ces études, je voulais devenir enseignante d’éducation physique et sportive. J’ai découvert la sociologie lors d’un cours et j’en suis tombée raide dingue, particulièrement de la sociologie des organisations ! Dès la deuxième année, j’ai eu envie de faire de la recherche sur ces questions et à la fin de la 3ème année je me suis orientée vers une maîtrise de recherche, un DEA et une thèse réalisée dans le cadre d’un partenariat entre Sciences Po Bordeaux et la Faculté des STAPS. Ma thèse a d’ailleurs été encadrée par un ancien professeur de Sciences Po : Jean Dumas. Finalement, j’ai un parcours de formation très largement adossé à ces relations entre Sciences Po Bordeaux et la Faculté des STAPS, ce qui a orienté le choix de mes objets de recherche et ma façon de faire de la recherche.  Je privilégie depuis "une entrée par le bas", par le territoire, et j’ai développé un goût particulier pour la monographie.


Quel est selon vous, l'apport de vos recherches sur les grandes questions urbaines ? 
Depuis mon DEA, je travaille sur l’examen des modes de fabrication, de portage et de légitimation de l’action sportive locale. Cette entrée par le territoire m’a fait d’emblée travailler sur ce que les villes font en matière de sport de haut niveau et plus largement de sport. La question sous-jacente porte sur la manière dont elles articulent (ou pas) leur action avec la politique étatique et celle des autres échelles de gouvernement. Est-ce que les villes sont plutôt animées par la volonté de produire des politiques publiques intégrées et partenariales ou est-ce que l’on est, au contraire, sur une volonté d’autonomisation de leur part  à l’égard tout particulièrement de l’Etat ? Cette capacité des diverses institutions publiques à s’entendre et à coordonner leurs actions est l’un de mes axes de recherche ce qui fait que cette entrée par les villes je l’ai depuis le début. Je dirais même que la ville est l’un de mes "terrains de jeu" depuis 20 ans.


Comment se passe une de vos journées type ? 
Mes journées commencent par une attention toute particulière portée à l’actualisation de mes cours. Ceux-ci sont étroitement liés à mes thématiques de recherche et nécessitent un travail de veille permanent vis-à-vis de l’actualité, ne serait-ce que parce que le cadre juridique et réglementaire des organisations sportives évolue rapidement, tout comme les problèmes sociaux que le sport aurait vocation à résoudre. Je suis donc en veille permanente pour proposer des cours aussi actualisés que possible. Ensuite, je n’imagine pas une activité de chercheur déconnectée du terrain. J’accorde donc une place importante au travail de recueil des données, car cela me permet, je crois, d’être un peu plus pertinente en tant qu’enseignante. Cela me permet aussi de disposer d’exemples concrets sur lesquels m’appuyer auprès des étudiants. Enfin j’écris pour valoriser les résultats de mes recherches et cela me passionne. 


Auriez-vous une anecdote à partager sur une réussite ou un échec dans votre vie de chercheuse ? 
J'aimerais simplement souligner que depuis le début de ma carrière, que ce soit en matière de recherche, de formation ou de responsabilités pédagogiques et administratives, ce qui a marqué mon parcours c’est d’avoir fait des rencontres essentielles pour la construction de mes projets. Ce sont des rencontres que je considère comme étant belles et précieuses. Cela va de mon directeur de thèse aux collègues avec lesquels j’ai collaboré pour assurer différentes fonctions. 


Quels sont vos projets pour l’avenir ?
En ce moment je finalise un contrat de recherche que je pilote et qui porte sur la manière dont est déployée l’action sociale sur deux territoires : la Communauté d’agglomération du libournais, un territoire à dominante rurale, et l’Etablissement public territorial d’Est Ensemble, membre de la métropole du Grand Paris, un territoire très urbain. C’est donc une étude comparée sur l’analyse de l’élaboration et de la mise en œuvre de l’action sociale sur ces deux territoires, et je la réalise avec Nadia Okbani, post doctorante sur ce contrat. Cette étude m’a permis pour la première fois d’investiguer en milieu rural. Portant sur les questions de lutte contre la pauvreté, elle a conforté par ailleurs l’orientation donnée à mes derniers travaux de recherche sur la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé. Mes projets d’avenir resteront, pour partie, ciblés sur ces enjeux et pourraient s’orienter vers une recherche un peu plus militante autour de la lutte contre la précarité et la pauvreté. Outre la recherche, je suis mobilisée dans des instances qui travaillent directement sur ces sujets. Cela me tient à cœur depuis plusieurs années. 


Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheuse ?
J’ai évidemment accepté de participer aux travaux du Forum urbain car j’y ai vu deux intérêts. Tout d’abord celui d’un incroyable point de rencontre permettant la connaissance de ce qui se fait localement dans différents laboratoires sur ces questions urbaines. J’ai été agréablement surprise de découvrir toutes les forces vives qui travaillent sur ces questions. Je ne les connaissais pas avant de me rapprocher du Forum urbain. Sans lui, on resterait peut être dans une position cloisonnée vis-à-vis de nos objets de recherche respectifs. Le second intérêt est que j’y ai trouvé une résonance directe avec l’étude que je réalise pour Bordeaux Métropole, ce qui m’a amenée à être mobilisée autour de la démarche prospective des ateliers BM2050 qui va se terminer fin mars. J’ai eu le grand plaisir, depuis octobre 2018, de travailler aux côtés de Julie Clerc, Aurélie Couture[3], Claude Lacour et Gilles Pinson[4] sur le développement de scénarios prospectifs dans le cadre d’un partenariat entre Bordeaux Métropole et le Forum urbain. C’est aussi cela le Forum urbain : avoir l’occasion d’être mobilisée sur des chantiers agréables et intellectuellement stimulants.


Avez-vous des loisirs ou des hobbies en dehors du travail ? 
J’adore lire, je fais beaucoup de randonnées quand le temps le permet, et je suis fan de séries. 


Une lecture ou un film à nous conseiller ? 
Le livre que je suis en train de lire, Le cas Malaussène. Ils m’ont menti de Daniel Pennac, c’est la reprise vingt-ans après des aventures de Benjamin Malaussène dont j’avais adoré suivre les histoires dans Aux Fruits de la Passion paru en 1999. Concernant les séries je suis sur la saison 7 d’Engrenages, une série qui fait partie de mes préférées avec Le bureau des légendes. J’aime aussi beaucoup la série 10% que je trouve drôle et décalée, et ce qui est drôle et décalé me va particulièrement bien.

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[1] Diplôme d’études approfondies, correspondant désormais à un master 2 recherche

[2] Sciences et techniques des activités physiques et sportives

[3] Respectivement chargée de mission et chef de projet du Forum urbain

[4] L’économiste Claude Lacour a co-présidé de groupe de travail mobilisé dans le cadre des ateliers BM2050 aux côtés de Marina Honta, tandis que Gilles Pinson a accompagné la démarche en tant que responsable scientifique du Forum urbain.

Quelques travaux disponibles en ligne :

• [article] "Les épreuves du mandat de coordonnateur des Ateliers santé ville. Mutations de l’action publique et stratégies de résistance"Sciences sociales et santé, 2017

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