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Manon Labarchède, la doctorante intergénérationnelle

Manon Labarchède, la doctorante intergénérationnelle
Crédit photo : Forum urbain

Architecte de formation, Manon Labarchède prépare une thèse sur le sujet de l’habitat et de la maladie d’Alzheimer, pour laquelle elle a obtenu une bourse doctorale de la fondation Médéric Alzheimer. Portrait d’une doctorante au regard "spatial" sur les enjeux sociaux de l’habitat.


Quel est votre parcours ?

Je suis architecte diplômée d’Etat, sortie de l’Ecole Nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux (ensapBx) en 2015. Après mon diplôme, j’ai choisi de faire une année d’étude de sociologie pour élargir mes horizons. J’ai eu la chance d’intégrer le parcours "Etudes et diagnostics sociologiques" du master 2 "Problèmes sociaux et action publique" à l’Université de Bordeaux. Mon objectif était d’acquérir des outils méthodologiques que je ne maîtrisais pas du fait de ma formation en architecture. J’envisageais par la suite de faire une thèse, et Guy Tapie (un de mes anciens enseignants à l’ensapBx) m’a alors parlé de son programme de recherche "Habitat et vieillissement", que j’ai rejoint avec enthousiasme à la fin de mon année de master. J’ai ainsi commencé en 2016 ma thèse intitulée "Habitat et maladie d’Alzheimer : architecture et appropriation spatiale et territoriale", sous la direction de Guy Tapie et de Muriel Rainfray[1].

Pourquoi et comment vous êtes-vous orientée vers la recherche ?
Le mémoire que j’ai été amenée à faire avec Patrice Godier durant ma formation à l’ensapBx a été un moment déterminant dans ma décision de faire de la recherche. Intitulé "L’implication des habitants dans la fabrique de la ville, analyse du processus de projet alternatif", celui-ci portait sur ce que j’appelle les "collectifs pluridisciplinaires", comme Bruit du Frigo à Bordeaux par exemple, qui regroupe des architectes et des artistes. Je m’intéressais à la mise en place de leurs projets, leurs outils et leur manière de collaborer avec les habitants. Mon projet de faire une thèse en a découlé assez naturellement.

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Je travaille surtout sur la question de l’habitat. Je m’intéresse à son adaptation à la maladie d’Alzheimer, mais cette spécificité de la maladie nous amène à nous interroger plus globalement sur la place des personnes âgées dans la société à travers les différentes structures d’habitat qui leur sont proposées. Du fait de ma formation, j’aborde ces sujets avec une approche spatiale, en m’intéressant aux structures comme les EHPAD[2] et à la manière dont l’espace, à la fois conçu et vécu par les usagers, impacte la manière dont on voit ces établissements

A quoi ressemble votre quotidien en tant que doctorante ?
Une partie de mon quotidien est évidemment consacrée à ma thèse. Cela signifie pour l’instant beaucoup de travail de terrain, passant par de l’observation au sein des EHPAD qui constituent certaines de mes études de cas. En parallèle, je contribue également aux activités plus globales du programme de recherche « Habitat et vieillissement ».


Quel est selon-vous le rôle du chercheur ?
Je pense qu’aujourd’hui le rôle du chercheur est vraiment d’apporter des réponses aux questions que se posent les acteurs des politiques publiques et autres corps professionnels. A travers mes travaux de recherche, l’objectif est pour moi de proposer une expertise et un regard global permettant de faire bouger les choses. Cela suppose de travailler à la fois avec les professionnels de la ville et avec des chercheurs d’autres disciplines.

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes fiertés et réussites ?
Une de mes grandes fiertés est d’avoir obtenu une bourse doctorale de la Fondation Médéric Alzheimer pour mon projet de thèse. La Fondation ouvre tous les ans un appel à candidature pour des bourses doctorales, et je suis très heureuse d’avoir été sélectionnée en 2017 aux côtés de 3 autres doctorants. Remporter cette bourse a été pour moi très important car c’est valorisant de voir que mon travail intéresse, d’autant plus un organisme spécialiste des questions que je traite. 

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Dans l’immédiat, je suis très contente de partir au Canada en juillet afin de réaliser des observations et des entretiens au sein de la structure Carpe Diem[3], novatrice en matière d’hébergement de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, et qui fera l’objet de l’une des études de cas de ma thèse. Ce voyage me permettra d’appréhender le modèle canadien, pour mieux comprendre la manière dont il a été transposé en France.

A plus long terme le statut d’enseignant-chercheur m’attire. J’ai la chance d’enseigner à l’ensapBx depuis le début de ma thèse (notamment en sociologie et en médiation architecturale), et je souhaiterais idéalement continuer dans cette voie, tout en poursuivant la recherche.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que doctorante ?
Grâce au Forum urbain, dès le début de ma thèse, j’ai eu la chance de réaliser une mission dans le cadre du colloque "Longue vie à Bordeaux Métropole" qui portait sur mon sujet de recherche et m’a permis de collaborer avec des acteurs locaux. Je trouve toujours cela intéressant de rencontrer des acteurs politiques et professionnels avec qui on partage des questionnements. Le Forum urbain permet à son réseau d’universitaires d’apparaitre non seulement comme des chercheurs mais surtout comme des personnes à même d’aider à la prise de décision urbaine. En ce sens, le lien avec les acteurs du territoire qu’offre le Forum est pour moi essentiel. 

 

Quelles sont les lectures qui vous ont particulièrement marquée cette année, en dehors des ouvrages scientifiques ?
Le livre de Caroline Laurent et Evelyne Pisier, Et soudain la liberté, que l’on m’a offert cette année m’a particulièrement plu. Il aborde le thème de l’émancipation des femmes en 1968, à l’occasion du cinquantenaire, c’est d’actualité !


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[1] Professeur des Universités à l’Université de Bordeaux et gériatre à l’hôpital Xavier Arnozan

[2] Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

[3] Située aux Trois Rivières, entre Québec et Montréal.

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