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Aurélie Bousquet, pour une approche participative de la carte

Aurélie Bousquet, pour une approche participative de la carte
Crédit photo : Forum urbain

Jeune docteure en géographie, Aurélie Bousquet a réalisé une thèse liant cartographie (qui offre une vue "du dessus") et participation (qui permet une vue "du dedans"), avec pour terrain d’étude le bocage bressuirais. Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai suivi une formation de géographie à l’Université Bordeaux Montaigne, avec une spécialisation sur l’environnement, à la suite de quoi je me suis engagée dans un master recherche. J’ai alors surtout travaillé sur le bassin d’Arcachon : sur la qualité de l’eau en première année, et sur la détection des changements d’occupation du sol en master 2, dans le cadre d’un stage de 6 mois à l’IRSTEA[1]. L’année suivante, j’ai obtenu un contrat doctoral pour réaliser une thèse à l’Université Bordeaux Montaigne, intitulée "Cartographie et participation. Vers une pluralisation des sources de connaissance. Application à la Trame Verte et Bleue dans le bocage bressuirais". Il s’agissait d’analyser les continuités écologiques dans les documents d’urbanisme, tout en amenant une dimension participative à la carte.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?
J’avais depuis longtemps l’idée de faire une thèse, mais c’est véritablement mon stage de master 1 sur la qualité de l’eau du bassin d’Arcachon qui m’a révélé à la recherche en me permettant de participer à toutes les étapes : collecte d’échantillons, production d’une base de données… Et puis il y avait évidemment en moi ce côté curieux dès l’enfance à toujours demander "pourquoi ?", et aussi à vouloir comprendre comme s’organisent et fonctionnent les choses.

Quel est selon vous le rôle du chercheur?
Être chercheur, c’est se poser des questions que les autres n’ont pas le temps de se poser. Pour moi, c’est important qu’une partie de la population prenne le temps de se questionner sur des sujets qui semblent parfois éloignés de la réalité, car c’est comme cela que l’on découvre des choses fondamentales.

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?
Une des principales visées de mes travaux est de sortir d’une conception positiviste de la carte. Si c’est un outil que je ne rejette pas car il est évidemment utile, on s’appuie souvent sur les cartes pour mettre en place des réglementations, ce qui pose des questions de justice spatiale. Dans mes travaux, je croise deux visions : une vue du "dedans", notamment par la photographie et l’étude de terrain, et une vue du "dessus" par la carte. Par exemple, dans le cas du projet urbain de Libourne, il était intéressant de confronter la carte des équipements de transports autour de la gare avec le manque de visibilité dont on fait l’expérience une fois sur place. 

A quoi ressemblait votre quotidien durant votre thèse ?
Durant ma thèse, mon temps se partageait entre les moments consacrés à la recherche, et à l’enseignement : je donnais des cours sur les systèmes d’information géographique (SIG), les statistiques descriptives, la géographie (notamment sur la montagne comme interaction entre milieu et société), les réseaux, avec un focus sur les gares et la multimodalité. Ces alternances entre recherche et enseignement me plaisait beaucoup : je les voyais en quelques sortes comme des respirations, des pulsations qui rythmaient mon travail.

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites ou fiertés ?
L’achèvement de ma thèse est évidemment une fierté sans équivalent, mais au-delà de cela je suis heureuse d’avoir réussi le pari d’allier la participation avec la cartographie et la réglementation : voir pendant les ateliers que j’animais des personnes prendre la parole alors qu’elles ne se sentaient auparavant pas assez légitimes pour le faire était gratifiant. Une autre réussite est pour moi le projet ALIM’ sur lequel j’ai travaillé avec le Forum urbain : être félicité pour la qualité de du travail réalisé avec les étudiants par des acteurs comme Bordeaux métropole, est valorisant. Enfin, l’enseignement est également une activité qui me procure beaucoup de plaisir.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’aimerais devenir enseignante-chercheure, pour continuer à combiner ces deux dimensions qui me tiennent beaucoup à cœur. J’envisage aussi de participer à des projets plus opérationnels, où il y a une vraie possibilité d’expérimentation, avec des collectivités locales par exemple, toujours avec le volet participation qui m’intéresse beaucoup.

Que représente pour vous le Forum urbain ?
En tant que jeune docteure, le Forum urbain est une vraie chance pour moi, car il offre des opportunités de missions intéressantes de par sa vocation d’intermédiaire entre praticiens et chercheurs. Mes dernières missions étaient d’ailleurs en partenariat avec le Forum urbain et le laboratoire PASSAGES, avec le projet ALIM’ par exemple. C’était un changement de thématique pour moi puisqu’il était question de mobilité, mais j’ai pu mobiliser des outils et concepts venant de l’environnement dans cette étude, notamment avec la notion de visibilité.

Quels sont vos loisirs et lectures du moment ?
L’aïkido est ma passion depuis 15 ans. Je suis aujourd’hui ceinture noire 2e Dan et il m’arrive de donner des cours, c’est d’ailleurs dans ce sport que j’ai eu ma première expérience en tant qu’enseignante. Je suis aussi membre d’une association qui organise chaque année un stage international d’aïkido en août, auquel je participe depuis mes débuts.

J’ai également depuis toute petite une passion pour l’apiculture ; après avoir suivi une formation cette année à Cestas, j’ai enfin ma première ruche !

Concernant les lectures, je lis actuellement La petite ville de l’anthropologue Eric Chauvier. Ce livre se présente sous forme de roman où les personnages déambulent dans la ville, avec une réflexion sur les changements sociaux. Il permet d’affuter son regard sur le terrain et ce qui nous entoure.



Quelques travaux disponibles en ligne :

• [thèse] "Cartographie et participation. Vers une pluralisation des sources de connaissance. Application à la Trame Verte et Bleue dans le bocage bressuirais", thèse de doctorat en géographie sous la direction de Laurent Couderchet, Université Bordeaux Montaigne, 2016

• [article] "Les résolutions des bases de données "occupation du sol" et la mesure du changement : articuler l'espace, le temps et le thème" (avec L. Couderchet, A. Gassiat, B. Hautdidier), L’Espace géographique, tome 42(1), 2013

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[1] Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture

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