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Laura Brown, l’alliance des mondes de l’architecture et de l’immobilier

Laura Brown, l’alliance des mondes de l’architecture et de l’immobilierCrédit photo : J.Ambal

Architecte de formation, Laura Brown a soutenu en juin 2017 une thèse consacrée à l’internationalisation de la profession d’architecte. Aujourd’hui enseignante-chercheuse en architecture, urbanisme et aménagement à l'École supérieure des professions immobilières (ESPI) et membre des laboratoires ESPI2R et PAVE (Profession Architecture Ville Environnement), elle s’attache à allier les mondes de l’architecture et de l’immobilier. Portrait.

Entretien réalisé par Jocelyn Noirot, stagiaire au Forum urbain en 2017, actualisé en 2021.
 
Quel est votre parcours ?

J’ai étudié l’architecture à Bordeaux entre 2004 et 2010. Pendant une année d’études au Chili, j’ai eu l’opportunité de m’investir dans des activités de recherche en urbanisme. Après mon diplôme en 2010, je suis repartie au Chili travailler dans la reconstruction post-tsunami, avant de rentrer en France passer l’habilitation à la maîtrise d’œuvre en nom propre[1]. Après avoir pratiqué trois ans entre Bordeaux et Paris en agences d’architecture, j’ai réorienté mon parcours vers la recherche. J’ai repris contact avec l'un de mes anciens professeurs de l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux, Guy Tapie, qui est sociologue et encadre des thèses au laboratoire PAVE. La récente association de ce laboratoire au Centre Émile Durkheim a été l’opportunité d’améliorer mes compétences en matière de méthode d’enquête, ce qui m’a beaucoup aidée puisque je ne venais pas initialement du milieu universitaire. En 2017, après quatre années de travail, et un soutien financier du ministère de la Culture et de la communication (qui est le ministère de tutelle des écoles d’architecture), j’ai soutenu une thèse dédiée à l’internationalisation de la profession d’architecte. J’ai reçu le prix de thèse Valois en 2018, qui confère une bourse d’aide à la publication (ouvrage à paraître aux Presses Universitaires de Rennes en 2021).

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?

Les architectes et les professionnels de l’immobilier font partie intégrante du système d’acteurs qui fabriquent la ville, ils ont une approche urbaine globale qui dépasse la conception de bâtiments. Mes travaux de sociologie des professions participent à mieux comprendre comment ces professionnels organisent leurs pratiques, activités, formations et adaptent leurs missions à de nouveaux enjeux.

Mes travaux de post-doctorat m’ont amenée à travailler sur la gestion de l’eau potable, ressource vitale et en raréfaction. Dans l’axe 1 du projet POPSU Métropoles « Bordeaux, la métropole en partage ?nbsp;» que je coordonne avec Fabien Reix, nous analysons des mises en œuvre de coopérations interterritoriales (entre ville et campagne) qui visent à gérer plus durablement des ressources (eau, alimentation, déchets). Ces travaux de sociologie urbaine participent à éclairer les modalités de prise en compte du changement climatique dans les politiques publiques et l’aménagement du territoire.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la recherche ?

Je crois que c’est essentiellement mon expérience au Chili. Là-bas, l’enseignement fonctionne plutôt sur un modèle anglo-saxon : il n’y a pas de réel cloisonnement entre les disciplines, et la recherche est très présente, y compris chez les architectes. J’y ai développé un goût pour les enquêtes de terrain après avoir rédigé un mémoire portant sur l’hospitalité urbaine.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que chercheur ?

J’articule mon temps entre l’enseignement (histoire urbaine et architecturale, rénovation urbaine, habitat et développement durable, sociologie urbaine…), la recherche et la vie de l’école et des laboratoires. Je suis membre du laboratoire ESPI2R et du laboratoire PAVE rattaché au Centre Émile Durkheim, et je participe activement dans les activités portées par le Forum urbain, notamment à travers son comité de pilotage. J’aime m’inscrire dans un cadre collectif, même si les activités de recherche exigent parfois aussi des périodes de travail solitaire.

En complément de ce portrait, écouter l'interview de Laura Brown dans l'émission "Que cherchent-ils ?", diffusée le 12/05/2018 sur RCF Bordeaux.


Quelles sont vos plus grandes réussites ou vos plus grandes fiertés dans votre parcours
 
de chercheur ?

Je crois que c’est de parvenir à allier les thématiques qui me passionnent à des cours et des programmes de recherche. Je trouve cela gratifiant, et mesure l’utilité sociale de mon travail. Je dirais aussi que je suis très heureuse d’avoir réalisé une thèse de sociologie alors que cette discipline ne correspondait pas à ma formation initiale, ce qui m’a permis de m’intégrer à un nouveau milieu socioprofessionnel. Cette thèse m’a permis de poursuivre des recherches en post-doctorat dans le domaine de la sociologie urbaine avec le LyRE (centre de recherche et développement du groupe SUEZ), l’ENSEGID (école nationale supérieure en environnement, géoressources et ingénierie du développement) et le service géologique national (BRGM) afin de mieux comprendre les usages de l’eau et sa gestion à horizon 2050.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?J’ai récemment été recrutée au sein du groupe ESPI en tant qu’enseignante-chercheuse. Mes projets sont d’allier les mondes de l’architecture et de l’immobilier autant par la pédagogie que par la recherche. En ce sens, je coordonne une réponse entre les laboratoires PAVE et ESPI2R pour analyser le phénomène « d’exode urbain », très commenté depuis le début de la crise sanitaire covid-19. Après avoir intensément étudié la profession d’architecte, je souhaite poursuivre des travaux de sociologie des professions, en m’intéressant aux mutations des professionnels de l’immobilier : l’ESPI offre en cela des perspectives très stimulantes.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheur ?

Le Forum urbain m’offre avant tout un contact avec d’autres chercheurs sur les questions urbaines. Il est aussi très utile pour coordonner les nouveaux projets de recherche et dépasser le strict milieu universitaire en offrant une ouverture sur les praticiens et les étudiants (ce à quoi j’aspire en tant que chercheuse ayant d’abord travaillé en agence d’architecture).
J’apprécie animer des rencontres pour le Forum, qui sont toujours des moments d’intenses échanges entre chercheurs, acteurs socio-économiques, et institutions.

Quelles sont vos lectures en dehors des ouvrages scientifiques ?

Je lis beaucoup de romans ! Récemment j’ai lu l’ouvrage House of sand and fog, de Vadim Perelman, et suis actuellement plongée dans le roman Petits cimetières sous la lune, du chilien Mauricio Electorat. 

Quelques travaux disponibles en ligne :
● [rapport] Adéquation demande-ressource en eau dans un contexte de changement global. Projet ADEQWAT, PAVE/ENSEGID/LYRE/BRGM, avril 2020.
● [article] "De la formation internationale des architectes aux effets sur les parcours professionnels"Cahier RAMAU n°9, décembre 2017.
● [thèse] 
"La condition internationale des architectes. Le monde en référence : représentations, pratiques et parcours", thèse de doctorat en sociologie sous la direction de Guy Tapie, Université de Bordeaux, 2017.
● [article] "Internationalisation de la profession d’architecte : analyse de processus de fabrication de projets », actes des rencontres doctorales en architecture 2015, ENSA Marseille, 3-5 septembre 2015.
[articles] Portraits d'architectes sur ArchiBat Mag.

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[1]  Formation en alternance d’un an suite au Master, qui permet légalement aux diplômés de porter le titre d’architecte.

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