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Damien Mouchague : Le citoyen au cœur de la fabrique métropolitaine

Damien Mouchague : Le citoyen au cœur de la fabrique métropolitaine

Directeur du Conseil de développement durable (C2D) de Bordeaux Métropole, Damien Mouchague croit beaucoup dans la participation citoyenne. Il porte un fort intérêt pour la recherche et comment celle-ci participe à rendre compte du quotidien et des attentes des citoyens.

Entretien réalisé par Samirah Tsitohaina, stagiaire au Forum urbain en 2021.
Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Je me suis intéressé à la participation citoyenne dès mon diplôme à Sciences Po Bordeaux, à la fin des années 1990. J'ai poursuivi par un stage de fin d’étude au sein de ma commune autour d’une consultation sur le réaménagement du centre-ville. Je me suis ensuite orienté vers le champ de la communication publique territoriale (à l’époque où l’ingénierie publique de concertation n’était pas encore très développée) et celui de la participation à la fin des années 2000, d’abord en prenant en charge les questions de concertation, puis en intégrant le conseil de développement durable de Bordeaux. Aujourd’hui, je dirige cette assemblée citoyenne à l’échelle métropolitaine.

Pouvez-vous nous expliquer les missions du Conseil de développement durable de Bordeaux Métropole ?

Nos missions consistent à faire contribuer les citoyens aux projets et aux politiques de la métropole. Nous organisons des temps d’intelligence collective pour accompagner les citoyens dans la formalisation des sujets qu’ils veulent inscrire à l’agenda public, puis on réfléchit à la manière de porter leurs propositions auprès des élus et à en assurer le suivi. Cela consiste aussi à un travail de terrain et de contact avec la société civile pour voir ce qui s’y passe, quels sont les sujets qui émergent et qui pourraient enrichir le projet métropolitain. On essaie de composer cette assemblée avec une grande diversité d’expériences sociales et de parcours de vie afin que cette instance soit la plus représentative possible. On veille aussi à ce que les personnes qui s’investissent au C2D y prennent du plaisir et se sentent utiles localement. Cela aide à se sentir légitimes à participer au débat public.

Quelle place occupe la participation citoyenne au sein de l'action publique aujourd'hui ?

De manière générale, dans l’action publique locale, je trouve qu’aujourd’hui il y a à la fois une plus grande volonté et un plus grand professionnalisme des agents dans l’intégration de la participation citoyenne au processus de conception, la mise en œuvre et l'évaluation des politiques publiques. Même si cela n’empêche naturellement pas les interrogations et la nécessité de convaincre. Les collectivités locales se sont dotées de spécialistes sur le sujet qui déploient des outils pour clarifier la complexité de l’action publique, faciliter la parole citoyenne, débloquer des situations de crispation, qui font des dispositifs de participation citoyenne des expériences plus ou moins réussies. Il s’agit d’une double responsabilité, à la fois éthique et professionnelle. Certains pointent qu’un marché de la participation s’est mis en place. On peut aussi noter que l’émergence d’une ingénierie de la participation s’est structurée grâce au travail d’analyse et de problématisation, pour rendre cet exercice de la participation plus juste et plus précis.

Comment l'action publique ou les initiatives citoyennes peuvent-elles êtres nourries ou éclairées par la recherche ?

Nous sommes tout autant attentifs aux connaissances citoyennes qu’à l’appropriation citoyenne des connaissances universitaires. C’est d’abord l’idée que le monde n’est pas composé que d’experts, de professionnels, mais aussi de pratiques plus « ordinaires » qui constituent également des savoirs. La recherche sur la participation citoyenne est aussi une démarche qui nous intéresse car les chercheurs sont dans une posture d’écoute attentive de la contribution des citoyens, ils la prennent au sérieux. Au-delà de ce champ de recherche, la recherche plus généralement nous permet de voir les nouvelles problématiques qui vont se présenter à nous, de les anticiper et de voir comment les reformuler. Elle permet de s’ouvrir à des problématiques dont on n’a pas connaissance ou que nous n’avons pas encore l’habitude d’utiliser ou à des approches renouvelées pour traiter les politiques publiques.

Quel rapport entretenez-vous avec le monde de la recherche ?

Il y a un fort lien entre les métiers de la participation et la recherche, notamment à travers le Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS) Démocratie et participation, dont on lit les travaux. Nous entretenons des liens aussi avec les enseignants-chercheurs, par exemple à travers les projets collectifs portés par le Forum urbain. Nous avons aussi participé au beau projet de la Chaire Gilles Deleuze pendant plusieurs années qui a permis de dialoguer avec des penseurs comme Cynthia Fleury, Eloi Laurent, Patrick Boucheron ou Mireille Delmas Marty. De manière générale, nous sommes sensibles aux travaux de recherche qui s’intéressent à la prise en compte des idées des citoyens, aux positions minoritaires et aux personnes les moins aptes à s’exprimer. Nous avons appris à être attentifs aux sciences de l’ingénieur et du vivant, moins traditionnellement mobilisés dans le champ participatif que la sociologie ou la science politique par exemples, mais qui participent à intégrer dans les débats et les échanges avec les élus et les citoyens les notions de matérialité des espaces urbains qui ont trait à l’occupation humaine.

Que représente le Forum urbain pour vous ? Comment contribue t-il à votre travail ?

Pour moi le Forum urbain, c’est avant tout un collectif de personnes, d’individus. C’est un regroupement de chercheurs issus de champs disciplinaires variés qui s’intéressent à la ville. Ce sont des questions qui agitent le monde de la recherche au travers des différents dispositifs qu’ils mettent en place pour mettre en lumière ces savoirs. Il nous permet de saisir les sujets en ébullition sur le territoire et d’avoir une mise à jour des connaissances urbaines par la mise en perspective et l’actualisation de sujets qui dépassent les problèmes qui se posent à nous. Le Forum urbain contribue à ce que les savoirs cheminent jusqu’à la maîtrise technique.

Quels sont vos projets actuels ou à venir ?

Sur cette première partie de l’année, nous nous sommes attelés à la recomposition du conseil. Nous travaillons donc à l’installation des nouveaux membres et l’appropriation de leur nouveau rôle de citoyen-bénévole au sein de notre collectivité. On souhaite entretenir le lien, malgré les contraintes posées par la situation actuelle. Dès le début de la pandémie, les bénévoles nous ont renvoyé le besoin de maintenir ces actions d’utilité collective. Dans un contexte où beaucoup d’activités ont dû ralentir ou être suspendues, ils considéraient que l’échange citoyen devait pouvoir se poursuivre. Nous cherchons à réinventer nos méthodes de production collective dans ces nouveaux espaces faits de présence et de 2D.

Quels sont vos loisirs en dehors de votre profession ?

J’aime beaucoup le théâtre contemporain et suis désolé de la fermeture actuelle des théâtres. Fort heureusement, le théâtre ça se lit et j’encourage à aller vers Wadji Mouawad, Tiago Rodrigues ou Joël Pommerat. Ce que j’apprécie dans le théâtre contemporain, c’est sa manière si intime, tellement directe, de nous faire comprendre la société et ses transformations.

Quelques projets en ligne
:
• Projet collectif science politique / architecture "Prise en compte de la dimension sonore dans la fabrique de la ville", commandité en 2017 par le C2D au Forum urbain
• Série d'entretiens sur la Liberté (juin 2019)
• Travaux réalisés dans le cadre de la Chaire Deleuze (2013-2017)

 



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