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Aurélie Lalanne, analyste des systèmes urbains

Aurélie Lalanne, analyste des systèmes urbainsCrédit photo : Forum urbain

Enseignant-chercheur au GREThA et à l’IUT Techniques de Commercialisation à Bordeaux, Aurélie Lalanne travaille depuis sa thèse sur la notion de "système urbain", qu’elle a particulièrement étudiée au Canada. Elle continue aujourd’hui à s’y intéresser, et l’applique au cas français et au phénomène de métropolisation.

Entretien réalisé par Charlotte Hemery, stagiaire au Forum urbain en 2018.

Quel est votre parcours ?

Après l’obtention d’un bac ES option mathémathique, je me suis orientée vers un Diplôme Universitaire Technologique en techniques de commercialisation, puis j’ai continué en faculté d’économie parce que je souhaitais me confronter aux grandes théories économiques. C’est la formalisation des sciences sociales qui m’a séduit au départ.

J’ai obtenu un master recherche en économie industrielle régionale et environnementale et j’ai poursuivi sur une thèse sur l’organisation hiérarchique du système urbain canadien que j’ai soutenue en 2010 en co-tutelle entre l'Université de Bordeaux et l'Institut national de la recherche scientifique de Montréal (INRS) au Canada. Je suis enseignante-chercheuse depuis 2011 à l’Université de Bordeaux.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?

J’aime beaucoup ce métier. En tant qu’enseignante, préparer les cours, être en contact avec les étudiants, leur apprendre des choses, tenter de développer leurs esprits critiques sur les grands enjeux économiques d’aujourd’hui me plaît totalement. En tant que chercheuse, j’aime farfouiller dans les données, trouver des tendances qu’on n’avait pas forcément perçu avant, etc. La posture de l’enseignant-chercheur est donc assez schizophrénique et le risque dans la recherche est de croire que l’on sait.

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?

Je travaille depuis ma thèse sur les systèmes urbains et leur organisation dans un contexte de métropolisation. L’intérêt d’étudier les systèmes urbains est de fournir une vision globale de leur structure hiérarchique et de mieux appréhender les différents processus de croissance qui animent ces systèmes. Cette approche se pose ainsi en rupture avec les préoccupations essentiellement tournées vers la quête de la croissance, de la grande taille et de la ville globale. Il n’est pas question de chercher à savoir comment atteindre le podium des villes les plus grandes et les plus métropolitaines, mais plutôt de savoir comment les villes, de toutes natures, s’organisent entre elles dans un système qui les englobe toutes.

On connaît un certain nombre de postulats sur l’organisation de ces systèmes et il est important de vérifier si ces derniers évoluent avec le temps, en particulier dans un contexte de métropolisation, ou bien si ces postulats sont valables dans tous les pays, ou encore si on peut les décliner à l’échelle des régions, qui prennent aujourd’hui de plus en plus d’importance. On se demande si les systèmes urbains mutent. On s’intéresse tout d’abord à l’émergence d’inégalités de taille entre les villes et à l’organisation et à la répartition des activités économiques à travers le système. La métropolisation favorise en effet une logique polycentrique, l’émergence de relations horizontales entre les villes et des relations renouvelées entre les métropoles et les territoires périphériques voisins. Je travaille aussi sur des questions plus techniques : grâce au développement des outils économétriques, on peut détecter, puis qualifier, les différents processus de croissance à l’œuvre au sein d’un même système. Cela permet de comprendre que les villes n’obéissent pas toujours aux mêmes logiques de croissance. C’est une façon d’aborder la diversité des trajectoires au sein d’un système urbain. L’enjeu de ces travaux est donc de prendre de la hauteur par rapport au développement des modèles qui reposent sur la croissance des villes et à la circulation des modèles entre villes.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que chercheur ?

Le quotidien n’est jamais le même. Je me suis organisée de façon à faire toutes mes heures d’enseignements entre septembre et décembre. Donc sur cette période je suis en cours tout le temps et j’ai un emploi du temps à proprement parler. Et c’est une façon d’être efficace, de ne pas penser à autre chose et d’y être totalement. Le reste du temps, je fais de la recherche et là l’emploi du temps est plus compliqué à gérer parce que moins contraint. Dans la recherche, il y a l’écriture de papiers, qui en soit est une activité qui suppose de rédiger, de traiter les données, de lire et de se positionner vis-à-vis d’une littérature. Tout cela est déjà très riche. Mais il y a aussi un autre aspect important, à savoir communiquer à propos de ces sujets auprès des acteurs politiques locaux.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

J’en ai beaucoup, peut-être trop. J’aimerais arriver à communiquer un maximum et peut-être mieux que je ne l’ai fait jusqu’à présent sur mes travaux. J’ai une faiblesse de ce côté-là que j’assume volontiers. J’ai pourtant vraiment envie de communiquer et de partager.

Je prévois également d’écrire une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR). C’est un exercice universitaire intéressant parce qu’il permet de faire le point à mi-parcours, de prendre de la hauteur et de réfléchir à la suite de ses recherches.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheur ?

Le Forum urbain est une bulle d’oxygène. Il permet deux choses : d’abord la rencontre avec d’autres collègues sur d’autres sujets, parfois indirectement liés à la ville. Et surtout la rencontre avec la société civile, un aspect important du travail du chercheur, à mon avis, s’il veut donner du sens à ses activités.

Quels sont vos passions et loisirs en dehors de la recherche ?

J’aime le sport parce qu’il permet à mon corps de s’exprimer et d’exister. A part dans l’enseignement, le corps est très peu mobilisé dans mon métier et j’ai besoin de le sentir vibrer. Je pratique donc l’escrime. J’ai aussi fait beaucoup d’escalade, que j’envisage de reprendre.

Je lis, en particulier des livres de psychanalyse ; c’est une passion pour moi. C’est une façon non scientifique de comprendre la psyché humaine. Je lutte contre les neurosciences et les approches comportementales qui pour moi ne laissent pas la place à l’individu de se connaître et de trouver sa place.

Quelques travaux disponibles en ligne :

• [émission de radio] "L’économie des villes (4/4) : La guerre des métropoles" (avec Frédéric Gilli et Céline Vacchiani-Marcuzzo), Entendez-vous l’éco ?, France culture, 26/10/2017

• [article] "10 ans de métropolisation en économie : une approche bibliométrique" (avec Guillaume Pouyanne), Cahiers du GREThA, 2012

• [rapport] "La métropolisation, entre approfondissement et détournement. Controverses économiques du début du XXIème siècle" (avec Guillaume Pouyanne), rapport de recherche pour le PUCA, 2011

 

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