Université de BordeauxCluster of excellence

Ghislaine Deymier, l'expérience de la mobilité

Ghislaine Deymier, l'expérience de la mobilité
Crédit photo : Forum urbain

Les travaux de Ghislaine Deymier portent principalement sur l’économie des transports, qu’elle a étudiée dès son DEA et poursuivi avec une thèse sur l’impact des infrastructures de transport sur les prix de l’immobilier. Entre Toulouse, Lyon et Bordeaux, voici une chercheure sur la mobilité qui sait de quoi elle parle ! Portrait.


Quel est votre parcours ?

Après mon bac, je me suis orientée vers un DEUG de maths, physique et chimie car à l’époque je m’intéressais beaucoup à la mécanique. J’ai vite réalisé que je n’allais pas en faire mon métier, et je me suis alors dirigée vers une licence d’économétrie à la Toulouse School of Economics. Durant mon master, j’ai suivi un cours d’analyse urbaine et spatiale qui m’a ensuite poussée à faire un DEA en économie des transports, très enrichissant de par la qualité des enseignements. Puis l’opportunité d’une thèse à Lyon sur l’économie des transports s’est présentée à moi et m’a amenée à travailler sur la capitalisation immobilière des infrastructures de transport, c’est-à-dire la manière dont sont valorisés les gains d’accessibilités générés par les infrastructures de transport dans les prix des logements, avec une étude de cas sur le périphérique nord de Lyon. Après un poste d’attachée temporaire de recherche et d’enseignement au GREThA alors que ma thèse n’était pas encore finie, j’ai travaillé pendant 2 ans avec Bordeaux Métropole dans le cadre d’un contrat post-doctorat proposé par le GREThA sur l’estimation du coût social des transports de l’agglomération bordelaise. Aujourd’hui, je suis enseignante-chercheure à l’Université Bordeaux Montaigne.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?
Ce qui m’intéressait dans la recherche, c’était de comprendre les choix de mobilité et les logiques de localisation résidentielle des personnes. Je pense que cela tient à de nombreux déménagements au cours de mon enfance et adolescence, qui m’ont poussée à me poser des questions sur les manières d’habiter des lieux très différents, tantôt à la montagne, tantôt à la campagne. J’ai ainsi développé des questionnements sur des sujets de mobilité et de formation des villes et des métropoles.

Quel est le rôle du chercheur selon vous ?
Le chercheur est là pour éclairer, apporter une certaine ouverture d’esprit, donner de la perspective. Je pense qu’il devrait être plus écouté, mais dans un monde caractérisé par l’immédiateté on ne lui laisse pas assez de temps pour travailler et poser les choses. On ne peut pas apporter une réponse à tout dans l’immédiat. C’est mon regret par exemple avec les Assises de la mobilité[1], qui étaient une idée intéressante permettant à des chercheurs, des personnes issues de la société civile et des professionnels de réfléchir ensemble sur la façon d’organiser la mobilité à moyen et long terme, mais son format était trop court pour permettre une réflexion de fond.

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?
L’enjeu principal de mes travaux est évidemment celui de la mobilité. En ce moment, je travaille sur un projet financé par la Région qui porte sur les interactions entre territoires et transport à l’échelle de la Gironde. J’interroge les logiques de localisation des ménages sur l’agglomération bordelaise et en périphérie au regard de critères de congestion urbaine, de prix du foncier, de niveau de revenu et de vulnérabilité. Je cherche à identifier les ménages et les territoires vulnérables au sein de l’aire urbaine de Bordeaux.

A quoi ressemble votre quotidien en tant qu'enseignante-chercheure ?
L’enseignement occupe une partie importante de mon quotidien, car je suis responsable de la licence 3 "Aménagement urbanisme et développement territorial durable" à l’Institut d’aménagement, de tourisme et d’urbanisme (IATU), qui regroupe des étudiants issus de formations assez différentes. Il n’est pas toujours facile de concilier ces responsabilités pédagogiques avec le temps de la recherche. Je parviens néanmoins à dégager des moments pour la recherche, en fin d’année scolaire notamment.

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites ou fiertés ?
Ce qui me plaît particulièrement dans la recherche, c’est de pouvoir décrocher des financements pour des projets dans lesquels je dispose d’une grande liberté. Réussir à orienter les politiques publiques est également une source de fierté : il est évidemment satisfaisant de parvenir à apporter, parfois, une petite inflexion à la manière dont se fabrique la ville et dont se conçoivent les déplacements.

Quels sont vos projets à venir ?
Un premier objectif est de poursuivre le projet que je mène actuellement avec la Maison de Sciences de l’Homme d’Aquitaine (MSHA) sur la relation entre transport et territoires, en initiant des comparaisons avec d’autres villes que Bordeaux notamment.

Au sein de l’IATU, je suis engagée dans un projet de partenariat avec une université italienne portant sur des échanges d’étudiants et de chercheurs, ce qui nous permet de nous confronter à d’autres manières de faire de l’urbanisme.

Concernant mes grands projets à plus long terme, j’aimerais pouvoir travailler avec de nouveaux chercheurs issus de différentes disciplines, mais aussi avec des personnes issues de la société civile et des artistes sur les questions urbaines pour développer et enrichir nos regards.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il ?
En tant que chercheure, le Forum urbain est pour moi un lieu de rencontre et d’échange avec des personnes provenant d’horizons différents, ce qui nous enrichit et nous bouscule aussi sur certains sujets. C’est en ce sens une initiative importante, et ce d’autant plus sur la place bordelaise, car c’est une ville en plein développement, hyper attractive avec de nombreux projets.

Le Forum urbain est aussi une structure intéressante pour les étudiants de l’IATU, et participe à leur professionnalisation avec les appels à projets qu’il propose. J’aimerais mobiliser plus souvent mes étudiants dans ce cadre.

Quels sont vos loisirs et vos passions en dehors de la recherche ?
Récemment, suite à un déplacement en Inde pour une conférence, je me suis replongée dans la lecture de Repenser la pauvreté écrit par Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo, qui apporte une réflexion intéressante et plutôt optimiste sur la façon d’appréhender la pauvreté. Je viens de terminer également Désir de villes d’Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul, qui s’intéresse aux bonnes pratiques de développement durable dans les villes du monde. J’ai aussi beaucoup aimé Civilisation de Régis Debray, son propos sur la nécessité de prendre le temps de la réflexion dans un monde qui va trop vite fait écho à mon propre ressenti. Ce sont donc des lectures optimistes qui m’apportent du baume au cœur !

J’ai aussi une vraie passion pour le tennis et pour la mer, particulièrement la mer Méditerranée. Je m’inquiète pour son avenir, ce qui me pousse à réfléchir à un projet de recherche portant sur les villes méditerranéennes et la préservation du littoral.



Quelques travaux disponibles en ligne :

• [vidéo] "La ville objet de désirs: désir résidentiel, désir touristique. L'exemple de Bordeaux", intervention dans le cadre des Rencontres Bordeaux Montaigne du Tourisme, 2018

• [article] "Formes urbains et coûts de la mobilité: une approche à partir du Compte Déplacement Territorialisé de l'agglomération bordelaise" (avec Frédéric Gaschet et Guillaume Pouyanne), Les Cahiers Scientifiques du Transport, n°64, 2013

• [article] "Analyse spatio-temporelle de la capitalisation immobilière des gains d'accessibilité: l'exemple du périphérique Nord de Lyon", Revue d'Economie Régionale & Urbaine, vol. novembre, no°4, 2007

-----


[1] Un atelier des Assises nationales de la Mobilité s’est déroulé le 24 octobre 2017 à l’hôtel de Bordeaux Métropole.

Figure dans les rubriques
Portraits de chercheurs


HAUT