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Flora Perez, doctorante-équilibriste

Flora Perez, doctorante-équilibriste
Crédit photo : Forum urbain

Ancienne étudiante de Sciences Po Grenoble, Flora Perez est arrivée à Bordeaux pour réaliser une thèse au sein du groupement d’associations Convergence Habitat Jeunes et de son projet de création de "Pôles territoriaux de coopération jeunesse". Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai suivi mes études à Sciences Po Grenoble où j’ai obtenu le master "Développement et Expertise de l’Economie Sociale" axé sur des questions d’économie sociale et solidaire. J’ai alors effectué plusieurs stages dans des associations d’éducation populaire travaillant sur des thématiques comme l’éducation à l’image et aux médias, et la formation des acteurs éducatifs sur ces questions. A la fin de mon master, j’étais partagée entre l’engagement associatif et la recherche. Une opportunité de thèse CIFRE[1] à Bordeaux avec le groupement Convergence Habitat Jeunes s’est présentée, ce qui me permettait de concilier ces deux centres d’intérêt. Ma thèse[2] a débuté en janvier 2018, et m’amène à collaborer avec diverses associations qui travaillent sur des questions d’habitat jeune. On peut dire que cela a été une véritable immersion car, emménageant sur Bordeaux, j’ai moi-même été logée dans l’une des résidences gérées par ces associations !

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?
Je m’intéresse particulièrement au logement destiné aux jeunes, dans un contexte où le marché de l’immobilier ne s’adapte pas suffisamment à l’évolution des besoins, en termes de mobilité par exemple. Il faut aussi prêter attention à la diversité de ce que le mot "jeune" recouvre et ne pas le limiter aux seuls étudiants : les jeunes travailleurs, et ceux avec de faibles revenus, font aussi face à des difficultés d’accès au logement, comme on peut le voir sur la métropole bordelaise.

Un second thème de recherche sur lequel je travaille porte sur la place des associations dans les processus de prise de décisions urbaines. Je trouve très intéressant d’intégrer des associations dans les projets urbains, comme c’est le cas pour Convergence Habitat Jeunes. Les associations rappellent ici l’importance d’inclure des résidences collectives, d’utilité sociale, et porteuses d’une dynamique d’animation de quartier, dans les nouveaux projets urbains.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?
Indirectement, mon engagement associatif a joué un rôle important dans mon orientation vers la recherche. Ma pratique de terrain au sein d’associations nourrissait beaucoup de questions et de curiosité sur l’environnement associatif. Mais je réalisais que je manquais de temps pour prendre du recul sur mes missions très opérationnelles. La recherche me permet justement d’avoir ces temps de réflexion sans perdre mon lien avec le terrain. C’est très stimulant de toujours être dans une démarche de questionnement sur sa pratique.

Quelle est votre expérience en tant que doctorante CIFRE ?
A l’heure actuelle, il semble que les CIFRE ne soient pas aussi développées dans les associations qu’en entreprise ou collectivité. Dans mon cas, j’ai répondu à une offre du groupement d’associations Convergence Habitat Jeunes, lauréat de l’appel "Projets innovants en faveur de la jeunesse" du Programme des investissements d’avenir. Leur projet porte sur l’expérimentation de trois "Pôles Territoriaux de Coopération Jeunesse". Ces pôles s’incarnent par la construction de trois nouvelles résidences sur l’agglomération bordelaise, combinant logements pour les 16-30 ans, et espaces partagés investis et animés par des jeunes et par d’autres associations qui travaillent sur les questions de jeunesse, comme les Missions Locales par exemple. Mon rôle est d’analyser le processus de co-construction de ces pôles, en vue de son éventuelle reproduction, mais aussi d’enrichir le projet d’une dimension théorique par mes recherches.

Cette première année de thèse est pour moi celle de la découverte du terrain et de l’immersion dans la vie des associations, avec la tenue d’un journal de bord et un travail d’observation participante. La contrepartie c’est que l’on se retrouve vite embarqué dans des missions d’animation de réunions et de préparation d’ateliers ! C’est une vraie gymnastique riche et intense car il faut arriver à trouver un équilibre entre deux versants qui ont des temporalités différentes : le temps opérationnel qui est immédiat, et celui de la recherche qui nécessite un temps plus long d’analyse et de réflexion.

Quels sont vos projets à venir ?
Si la thèse va occuper une grande partie de mon temps pour les trois prochaines années, j’aimerais, une fois que j’aurais pris mes marques sur le terrain, parvenir à dégager du temps pour l’enseignement en parallèle. Mon expérience de formatrice au sein d’associations d’éducation nouvelle m’a donné envie de mettre en place des méthodes pédagogiques actives qui auraient, je pense, toute leur place dans l’enseignement supérieur. Les étudiants peuvent en effet être des ressources enrichissant le processus d’apprentissage collectif par le partage de leurs expériences et questionnements. Cela se traduit concrètement par des rapports étudiants-enseignants plus horizontaux, et des méthodes qui favorisent l’entraide et la mutualisation des apprentissages, ainsi qu’une part d’individualisation dans la formation.

A plus long terme, j’aimerais continuer à faire de la recherche sur des questions de jeunesse, voir même d’enfance, à travers par exemple des projets de recherche-action dans des associations engagées sur ces questions.

Que représente pour vous le Forum urbain ?
Je pense qu’il y a une reconnaissance croissante d’un besoin d’espaces de croisement de savoirs entre grand public, chercheurs et professionnels. Je suis heureuse d’être membre de cette structure qui participe à la médiation scientifique et à la vulgarisation des grandes thématiques urbaines actuelles. Le Forum urbain permet la démocratisation d’enjeux urbains qui peuvent être considérés par le grand public comme inaccessibles.

En tant que nouvelle arrivante venant de Grenoble, le Forum urbain a aussi facilité mon intégration dans le réseau des chercheurs bordelais et m’a permis de me familiariser avec le positionnement de la recherche sur des sujets connexes au mien comme l’urbanisme et l’architecture par exemple.

Quels sont vos loisirs et lectures du moment ?
Je suis une grande passionnée de randonnées et de montagne, où je me rends dès que l’occasion se présente. En dehors de ma thèse, je continuer à m’investir au sein d’associations qui s’intéressent à l’éducation, comme les CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Nouvelle) où je peux, dans mon temps libre, m’impliquer comme animatrice volontaire auprès d’enfants et jeunes, et former de futurs animateurs. Concernant la lecture, il est parfois difficile de continuer à lire pour le plaisir pendant une thèse où les lectures scientifiques sont nombreuses, même si je m’y efforce !


Quelques travaux disponibles en ligne :

• [article] "Accompagner l'organisation des habitants dans les quartiers populaires", La tribune fonda n°234 - L'engagement associatif, source d'apprentissages, 2017

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[1] Convention Industrielle de Formation par la Recherche, basée sur un partenariat tripartite entre un doctorant, un laboratoire de recherche et une structure professionnelle.

[2] Intitulée "Stratégies de coopération des acteurs jeunesse et dynamique urbaine à l’échelle métropolitaine : étude des pôles territoriaux de coopération jeunesse", et menée sous la direction de Guy Tapie.

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