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Caroline Mazel, "médiarchitecte"

Caroline Mazel, "médiarchitecte"
Crédit photo : LC

Architecte de formation, Caroline Mazel s’intéresse à la manière de faire l’architecture autant que d’en parler. En parallèle de son métier d’enseignant-chercheur à l’ensapBx et au PAVE, elle a fondé en 2003 Mediarchi, structure consacrée à la médiation architecturale ; une notion dont la nécessité ne fait aucun doute selon elle.


Quel est votre parcours ?

Venant d’une famille assez éloignée du domaine de l’architecture, entrer à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux (EnsapBx) après un bac A1 (filière lettres-maths) a été une vraie chance pour moi. Pendant ces années d’étude, j’ai effectué des stages en agence de maîtrise d’œuvre d’abord, puis j’ai orienté mon parcours après avoir pris conscience de mon aptitude à parler d’architecture. Cette première manifestation de ma vocation pour la médiation m’a amenée à travailler à l’Agence de protection et de promotion du patrimoine architectural[1] et à soutenir mon diplôme sur cette question. En parallèle, j’ai commencé à collaborer avec des revues spécialisées comme Le Festin et Architectures à vivre. Après cette formation initiale en architecture, le besoin de mûrir intellectuellement s’est fait sentir et j’ai fait le choix d’un DEA en Histoire socioculturelle à l’Ecole d’architecture de Versailles, qui conciliait mon intérêt pour l’architecture et pour la manière de la diffuser. J’ai ensuite intégré le laboratoire PAVE en 2005 et commencé à enseigner à l’EnsapBx. Plus récemment, en 2017, j’ai suivi la session régionale de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale), sur des questions de défense et de sécurité qui peuvent sembler loin du métier d’architecte mais qui me sont chères car liées à une certaine conscience civique et politique.

A quels grands enjeux urbains vos travaux répondent-ils ?
Dans mon travail, je m’intéresse à la manière dont les formes urbaines et architecturales accueillent les échanges sociaux les plus démocratiques, j’analyse donc les liens entre société, formes de la ville et processus de fabrication.

Je mène aussi des travaux d’analyse de références architecturales, pour y puiser des modèles à réactiver dans la fabrication des logements et équipements contemporains. Je ne crois pas à l’architecte créateur mais plutôt à l’inventeur au sens archéologique du terme, à l’architecte qui puise dans sa culture et dans les strates de sa mémoire sans prétendre faire table rase du passé et de l’enseignement qu’il a reçu. Je cherche à montrer les filiations entre l’architecture des différentes époques et civilisations, à mettre en lumière une forme de continuité.

Un dernier enjeu sur lequel je travaille, cette fois plutôt dans le champ de la médiation avec le laboratoire PAVE, est celui de la culture architecturale des français[2].

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers la recherche ?
Une des raisons est certainement ma volonté de progresser et d’acquérir des savoirs. Travailler au sein d’une équipe dynamique comme le PAVE avec des personnes aux formations si différentes pousse vers de nouveaux questionnements. Il y a évidemment aussi une volonté de production et in fine de transmission de connaissances dans le cadre de l’enseignement et d’échanges avec les acteurs publics qui prennent les décisions urbaines.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que qu'enseignant-chercheur ?
Mon temps se partage entre l’école d’architecture et mon activité au sein de Mediarchi, donc entre des temps de socialité et d’asocialité. Il faut par moments être face à soi-même pour lire et écrire, mais parfois aussi pouvoir partager avec les autres. Parallèlement aux recherches que je mène, mes cours portent sur l’expérimentation dans le domaine de l’habitat, la sécurisation résidentielle, les doctrines contemporaines, les généalogies en architecture, l’identité architecturale et urbaine ou encore la médiation. Mon quotidien consiste à essayer de concilier mes trois casquettes : enseignant, chercheur et médiateur.

Quel est le rôle du chercheur selon vous ?
Je pense que le chercheur se doit d’une certaine objectivité et d’une approche scientifique dans ses travaux. En revanche, je conçois mon rôle au sein de Mediarchi comme plus politique au sens de polis (« cité » en grec) et engagé en faveur du bien commun. Trouver un équilibre entre ces différentes postures n’est pas toujours évident !

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites et fiertés ?
Je suis fière d’avoir créé Mediarchi en 2003, qui dispose désormais d’un réseau important de partenaires élus, acteurs de la culture et de l’aménagement. Le philosophe Jules Lequier définissait l’existence humaine comme libre arbitre : « FAIRE, non pas devenir, mais faire et en faisant SE FAIRE ». C’est ce sentiment que me donne Mediarchi, en m’offrant une totale liberté de programmation et de parole. Au-delà de la reconnaissance de mon travail, c’est aussi la reconnaissance de la médiation qui est importante pour moi. J’ai tenu bon depuis 15 ans pour professionnaliser une pratique longtemps marginalisée et ainsi montrer que la médiation pouvait participer à la diversification des débouchés professionnels. Enfin, il est toujours gratifiant lors de conférences, voyages, séminaires, d’avoir le retour de personnes qui me disent mieux comprendre leur environnement, être plus aptes à le remettre en question et participer à sa fabrication.

Quels sont vos projets actuels et à venir ?
En ce moment je travaille dans le cadre de PAVE sur le programme de recherche du Ministère de la culture Redivivus qui s’intéresse au patrimoine architectural du XXème siècle pour comprendre l’exemplarité et la mutabilité des réalisations modernes des Trente Glorieuses.

Par ailleurs, un projet collégial qui me tient à cœur est la mise en place du Diplôme Inter Etablissement (DIE) de médiation de l’architecture contemporaine, la première formation spécifique de ce type en France.

Enfin dans le cadre de Mediarchi, je travaille depuis plusieurs années sur des projets de recherche et de développement autour de nouveaux outils de médiation de l’architecture.

Que représente pour vous le Forum urbain ?
Le Forum urbain est pour moi un facilitateur des relations entre chercheurs, professionnels et citoyens. Je le conçois comme un outil opérant qui permet à ses différents mondes de se rencontrer et de construire ensemble des projets.

Quels sont vos loisirs et lectures en dehors de la recherche ?
Contrepartie de mes différentes activités, mes temps de loisirs sont trop rares et toujours liés à l’architecture : le voyage notamment est un outil essentiel dans la formation de l’architecte (par les yeux qui voient comme le disait Le Corbusier, et j’ajouterais : par le corps qui éprouve). Pour autant, j’accorde une place centrale à mes proches car contrairement à certaines idées préconçues, on ne fait jamais rien seul et sans leur soutien.

Concernant mes lectures, je suis actuellement en plein dans Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, la revue Le Casoar de l’école spéciale militaire de St Cyr sur la féminisation des armées, et Climat de France de Marie Richeux, en lien avec l’architecture encore une fois puisqu’il y est question des logements sociaux de Fernand Pouillon et de la manière dont les lieux de l'enfance se déposent en nous.


Quelques publications de Caroline Mazel disponibles en ligne :

"Habitat durable : les incertitudes de l’expérimentation" (avec Patrice Godier), Métropolitiques, 2012

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[1] Structure du Conseil Départemental de la Gironde, spécialisée dans la communication sur le bâti ancien.

[2] Voir à ce sujet : Tapie, G. (dir.), La culture architecturale des Français, Presses de Sciences Po, 2018

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