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Caroline Chabot, en immersion sportive dans les favelas

Caroline Chabot, en immersion sportive dans les favelas
Crédit photo : Forum urbain

Quels sont les effets des méga-événements sportifs sur la ville ? Voilà l’une des questions de recherche de Caroline Chabot, doctorante en cotutelle internationale à PAVE et à l’Université Fédérale de Panará au Brésil. Architecte de formation, elle adopte une approche à la fois sociale et spatiale des favelas. Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai fait mes études à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux (ensapBx), et ai profité du programme Erasmus pour partir un an à Prague en 2012. Le mémoire de master a été mon premier contact avec la recherche ; j’ai choisi de m’intéresser à la confrontation entre les favelas et les méga-événements sportifs au Brésil. A la fin de mes 5 ans de formation, j’ai travaillé quelques mois dans une agence d’architecture à Bordeaux mais je nourrissais une certaine frustration du fait de la rapidité de conception des projets. J’ai alors décidé d’approfondir les enjeux soulevés lors de mon mémoire avec une thèse en cotutelle internationale intitulée "Les favelas à l’ombre des méga-événements : rencontre spatiale d’un nouveau type. Le cas du Brésil", sous la direction de Guy Tapie et de Cristina de Araujo Lima[1].

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Je m’intéresse principalement à l’habitat informel et sa confrontation avec les méga-événements sportifs internationaux. Depuis une dizaine d’années, les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football  sont organisés dans des pays du Sud où les bidonvilles représentent un pourcentage non négligeable de la population. A Rio de Janeiro, un habitant sur quatre vit dans les favelas. Dans de nombreux cas, la confrontation est violente et synonyme d’expulsions, mais il existe aussi des contre-exemples. Une partie de mon travail vise donc à évaluer les effets sur l’habitat des différentes politiques publiques mises en place à Rio et Curitiba.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que doctorante ?
Le quotidien de doctorant se découpe en différentes périodes : il y a tout d’abord une phase importante de lecture pendant laquelle on peut parfois se sentir perdu face à l’ampleur des travaux à étudier. Ensuite, il y a la découverte du terrain : grâce à ma cotutelle j’ai pu partir presque deux ans au Brésil, entre Rio et Curitiba, où j’ai réalisé beaucoup d’observations spatiales dans les favelas, en parallèle de mes cours à l’Université Fédérale du Paraná. Enfin, évidemment, il y a la phase plus solitaire de rédaction dans laquelle je suis actuellement.

> En complément du présent portrait, écouter l'interview de Caroline Chabot dans l'émission "Que cherchent-ils?", diffusée le 8/04/2017 sur RCF Bordeaux : 


Quelles sont vos fiertés et réussites ?
Avoir obtenu une bourse de l’Ambassade de France au Brésil pour ma thèse est quelque chose dont je suis fière, c’est gratifiant de voir que le travail que l’on fait est reconnu par une institution nationale. Plus généralement, mon année passée au Brésil est source de fierté, car je suis partie seule sans connaître ni la langue ni le pays, ce qui m’a obligée à me dépasser pour mener à bien mon étude de terrain.

Quels sont vos projets à venir ?
Après ma thèse, j’aimerais retourner travailler en agence d’architecture. Je suis heureuse d’avoir approfondi ce sujet de recherche qui me tenait à cœur, mais j’ai aujourd’hui envie de revenir vers quelque chose de plus opérationnel pour mettre en application ce que j’ai appris durant ma thèse. J’envisage de me tourner vers les équipements sportifs et les méga-événements associés comme Paris 2024. A plus long terme, je ne m’interdis pas de me tourner à nouveau vers la recherche.

Que représente pour vous le Forum urbain pour vous ?
Pour rester dans le champ lexical de l’architecture, je conçois le Forum urbain comme un pont entre le milieu académique et les professionnels de la ville qui ont un rôle de concrétisation. Ce sont des milieux qui communiquent peu, et la vocation du Forum de créer des liens est importante. Je pense que cela peut aussi faciliter la connaissance et la concrétisation de certains travaux de recherche qui ne sont parfois pas assez exploités.
 

Quelles sont vos loisirs et vos lectures en dehors de la recherche ?
Je fais beaucoup de sport, notamment du volley. C’est sans doute cette passion pour le sport croisée avec mon intérêt pour les questions d’habitat, qui m’ont poussée vers ce sujet de thèse. Je suis également en pleine lecture des Chroniques de Guy Delisle, auteur de bande dessiné marié à une femme travaillant pour Médecins Sans Frontières. Il y raconte sa vie d’expatrié et c’est à la fois drôle et étonnamment lucide par moments, lecture agréable pendant une rédaction de thèse !

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[1] Architecte urbaniste et professeur à l’université fédérale du Paraná, à Curitiba, Brésil.

 
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