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Andy Smith, de l’Europe à la ville

Andy Smith, de l’Europe à la ville
Crédit photo : Forum urbain

Rencontre avec Andy Smith, chercheur d’économie politique hétérodoxe au Centre Emile Durkheim, et président de l’Association française de sciences politiques à ses heures perdues. Cet ancien professeur d’anglais reconverti en spécialiste de l’Europe investit de larges thématiques qui vont du secteur viticole jusqu’à la défense. Focus sur ce chercheur d’outre-manche au parcours atypique.


Comment vous êtes-vous orienté vers la recherche ?
J’ai commencé par un Bachelor de sciences politiques en Angleterre avant de décider d’arrêter mes études pour entrer dans le monde professionnel. Pendant cinq ans j’ai travaillé dans des structures aussi variées que le syndicat des agriculteurs britannique ou encore pour une société de transit maritime. J’ai ensuite décidé de déménager à Paris pour suivre celle qui est devenue ma première femme, et je suis devenu professeur d’anglais. J’ai réalisé rapidement que l’enseignement me plaisait, mais je souhaitais enseigner une matière qui me stimulerait davantage. J’ai donc repris mes études à Sciences Po Grenoble, où j’ai réalisé une thèse sur les rapports entre l’Union européenne et les Régions. C’était un bonheur pour moi d’avoir l’autonomie que l’on n’a pas dans une grande entreprise, où l’on fait juste ce que l’on nous demande de faire. J’ai ensuite été recruté à Sciences Po Bordeaux sur un poste de chercheur. Aujourd’hui je suis président de l’Association française de Sciences Politique (AFSP), et cela fait vingt-deux ans que je suis au Centre Emile Durkheim !

Comment se passe une de vos journées type ?
Ma vie de famille me fait commencer tôt, je regarde mes mails pendant que ma fille se réveille. Généralement mes journées sont divisées entre le temps accordé à mon projet d’écriture, qui porte en ce moment sur la vie politique française au sens large, la production de données quantitatives ou qualitatives, et mon travail pour l’AFSP qui m’occupe beaucoup. Il faut aussi prendre le temps d’organiser des entretiens de recherche et de s’occuper des tâches administratives. 

Quel est selon vous l'apport de vos recherches pour les questions urbaines ?
Bien que je ne sois pas un spécialiste de la ville, je peux développer une approche ancrée dans l’économie politique qui met à parité une entrée par les questions économiques et politiques. Il existe un lien très fort entre les acteurs économiques et les acteurs politiques, qui mérite d’être étudié à plusieurs échelles et notamment à celle de la ville que je trouve très pertinente. En ce moment je travaille sur un projet de recherche qui porte sur les données numériques produites dans les villes, dans lequel j’étudie comment cette numérisation de l’activité économique impacte les mobilités et les façons de se loger.

Travaillez-vous avec des chercheurs d’autres laboratoires ? Et si oui qu’est-ce que cela vous apporte ?
J’ai eu l’occasion de travailler avec des collègues de Montpellier sur divers projets de recherche portant sur la défense et, cette année, je candidate avec des collègues du Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po Paris pour un projet sur l’Union européenne qui serait financé par l’Agence nationale de la recherche. L’intérêt de telles collaborations pour moi, c’est de me rapprocher de chercheurs qui étudient des problématiques similaires aux miennes pour que l’on puisse « se nourrir » et effectuer des analyses empiriques cohérentes.

Auriez-vous une anecdote à partager sur une réussite ou un échec dans votre vie de chercheur ?
J’ai plusieurs anecdotes ! La première est une rencontre que j’ai faite à l’ambassade d’Australie à Bruxelles lorsque je travaillais sur le système de labellisation de certains produits alimentaires en Europe. J’ai été amusé du discours tenu par les australiens qui m’ont dit qu’il leur faudrait presque une encyclopédie pour aller acheter du vin ici à cause des labels et du marketing très sobre en Europe.

Autrement, lorsque je travaillais sur les entreprises du secteur de la défense, j’ai été amené à réaliser des entretiens en Angleterre, mon pays d’origine. Cependant, lorsque je posais les questions, mes interlocuteurs n’arrivaient pas à croire que j’étais réellement Britannique à cause de mon accent français ! Je pense qu’associé à ma syntaxe devenue maladroite, ma façon de parler devait leur paraître très bizarre ! Tout ceci a beaucoup fait rire mes collègues montpellierains qui étaient également présents…

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Je viens de terminer un projet de recherche portant sur les conseils d’administration des grandes entreprises de la Défense et je travaille encore sur mon ouvrage sur les rapports de pouvoirs en France et le rôle de l’Etat en particulier. Mais à l’avenir j’aimerais beaucoup étudier le rapport entre politique industrielle et transition écologique qui, selon moi, doivent être pensés conjointement en s’inspirant des modèles industriels nordiques.


Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il ?
Je pense que le Forum urbain est un terrain d’accueil idéal pour un néophyte de la ville comme moi ! Il permet de découvrir dans des lieux conviviaux des chercheurs très spécialisés sur la ville, des praticiens de l’urbain et un public large intéressé par les questions urbaines. C’est une structure qui permet aux chercheurs d’avoir accès à un ensemble de ressources sur l’urbain qu’ils peuvent ensuite mettre à profit dans leurs propres recherches !  En effet, c’est notamment au travers des rencontres organisées par le Forum urbain que je saisis la pertinence de travailler aujourd’hui sur les villes.


Avez-vous des hobbies en dehors de la recherche ?
Je suis un grand amateur de cricket ! Je suis d’ailleurs le président du club de cricket de Bordeaux, et nous jouons souvent au château Giscours dans le Médoc. Je suis également le cricket international via ma télé britannique. C’est mon jardin « pas très secret ».


Une lecture ou un film à nous conseiller ?
Je viens de regarder les deux saisons de Au service de la France que je trouve à la fois drôle et pertinent sur le plan historique. J’apprécie aussi la série The Wire, qui reste une référence pour moi et dépeint des environnements urbains très intéressants.


Quelques travaux disponibles en ligne

• [article] "L'économie est avant tout un acte politique !" (avec Colin Hay)The Conversation, 25 septembre 2018

• [article] "Chercheur de l’intégration européenne"La revue pour l’histoire du CNRS, 24 | 2009



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