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Fabien Reix : sociologue de l’urbain ambidextre

Fabien Reix : sociologue de l’urbain ambidextre
Crédit photo : Forum urbain

Maître de conférences associé à l’ensapBx, chercheur au laboratoire PAVE, sociologue indépendant, co-fondateur et rédacteur en chef de la Revue Française de Méthodes Visuelles, Fabien Reix jongle entre les activités. Spécialiste de la sociologie urbaine et des méthodes d’enquête en sciences sociales, il porte sur la ville et les professionnels de l’urbain un regard tourné vers les usagers et leurs besoins. Portrait de ce sociologue multitâches.


Comment vous êtes-vous orienté vers la recherche ? 
Je suis né et j’ai grandi à Limoges, et je suis arrivé à Bordeaux pour faire mes études de sociologie. A l’issue de ma formation, je me suis assez naturellement engagé dans une thèse sur l’éthique entrepreneuriale, thèse que j’ai fini par mettre de côté au profit d’une activité de conseil que j’ai développée dans le cadre d’une entreprise individuelle. J’ai cependant toujours voulu garder un pied dans chaque approche de la sociologie, appliquée dans le monde professionnel et plus théorique dans le monde de la recherche universitaire. J’aime aussi beaucoup enseigner et donc c’était important pour moi de réussir à concilier mon statut de sociologue indépendant et celui d’enseignant-chercheur. Ce sont deux manières assez différentes de faire de la sociologie, puisque l’une répond à des exigences de production assez courtes et opérationnelles dans le cadre d'une commande, tandis que l’autre peut s’inscrire dans un programme de recherche à visée plus fondamentale sur un temps beaucoup plus long. C’est notamment le cas avec le programme de recherche POPSU Métropoles sur lequel j’interviens actuellement et qui va durer 2 ans.

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Dans mon travail, j’essaye autant que possible d’intégrer l’utilisation des méthodes visuelles qui est un thème sur lequel je me suis spécialisé ces dernières années. Cela consiste par exemple à utiliser l’outil photographique pour construire des enquêtes plus inclusives envers les enquêtés, leur permettant de s’exprimer plus facilement, et favorisant la discussion qui aide à comprendre leurs représentations sociales notamment. Je m’intéresse aussi plus particulièrement à la question des usages dans l’espace public, et aux programmes de rénovation des grands ensembles. L’objectif est de sensibiliser ceux qui font la ville aux outils d’enquête sociologique pour créer un regard plus empathique qui doit conduire à mieux impliquer les futurs usagers dans leurs projets. C’est une approche que j’essaie toujours de développer avec mes collègues paysagistes ou architectes lorsque l’on travaille ensemble sur des projets.

Comment se passe l'une de vos journées type ? 
Dans mon cas c’est assez particulier, je n’ai pas vraiment de journée-type puisque mes multiples statuts rendent mes journées assez diversifiées. Si je prends la journée d’aujourd’hui, j’ai commencé par répondre à des mails professionnels et d’étudiants. Ensuite, je me suis rendu à l’ensapBx pour donner un cours. Entre midi et quatorze heures, j’ai eu une réunion administrative en tant que membre de la commission de la formation et de la vie étudiante. L’après-midi je vais travailler sur la rédaction d’un texte dans le cadre d’une recherche que je mène avec des collègues de mon labo. Ensuite, j’aurais une réunion téléphonique avec des collègues sur un projet professionnel dans le Médoc, et enfin je vais m’occuper de différentes choses en lien avec la publication des futurs numéros 3 et 4 de la Revue Française des Méthodes Visuelles. Cela demande une certaine gymnastique d’esprit pour concilier toutes ces activités, qui n’ont pas toujours à voir entre elles bien qu’elles soient toujours plus ou moins liées à la sociologie.

Auriez-vous une anecdote à partager sur une réussite ou un échec dans votre vie de chercheur ?
La chose dont je suis le plus fier dans mon parcours, c’est la création de la Revue Française des Méthodes Visuelles car on imagine mal depuis l’extérieur la difficulté de créer une revue scientifique. Cela nous a demandé beaucoup de temps et d’engagement avec mon collègue Alain Bouldoires[1] pour réussir à créer une telle revue, sachant qu’il s’agit d’un travail essentiellement bénévole et même si l'on tire une certaine fierté d’exercer une activité de rédacteur en chef d’une revue universitaire.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’aimerais bien maintenir cette situation hybride entre une activité de sociologue indépendant et une activité d’enseignant-chercheur à mi-temps et la pérenniser, mais il faudrait que je reprenne et termine ma thèse pour obtenir un statut de docteur et pouvoir conserver mon poste d’enseignant-chercheur à long terme. C’est un peu l’histoire de mon parcours. Je me suis toujours retrouvé dans des statuts hybrides. Ça n’a pas été toujours simple mais cela m’a aussi permis de faire des choses très différentes, et c’est assez plaisant au final.


Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheur ?
Je trouve cette structure intéressante puisque justement, elle crée un pont qui manquait selon moi entre les sciences dites universitaires et les sciences appliquées, plus liées à l’opérationnel. Au regard de mes activités professionnelles diversifiées, c’est un lien qui me parait essentiel et j’apprécie que le Forum urbain connecte ces deux mondes, qui ne sont pas si différents en réalité.

Avez-vous des loisirs ou des hobbies en dehors du travail ? 
J’en ai, bien qu’il soit parfois difficile de s’organiser du fait de ma vie professionnelle particulière qui entraîne des moments de très grosse activité et d’autres plus calmes. Je passe du temps avec ma famille, je joue au basket et au badminton et je sors avec mes amis. J’ai l’avantage d’être relativement libre dans l’organisation de mon emploi du temps.


Avez-vous une lecture ou un film à nous conseiller ? 
J’en aurais beaucoup, j’adore le cinéma et les séries. La série The Wire est selon moi une pure merveille. Je conseille aussi souvent à mes étudiants la série Weeds, un peu moins connue du grand public. Le générique est intéressant et je trouve que c’est la version politiquement incorrecte de Desesperate Housewives, qui décrit l’envers du décor de l’habitat pavillonnaire périurbain aux Etats-Unis.

Quelques travaux disponibles en ligne :

• [article] "L’ancrage territorial des créateurs d’entreprises aquitains : entre encastrement relationnel et attachement symbolique"Géographie Économie Société, 2008/1, Vol. 10, p. 29-41

• [article] "Créateurs et création d’entreprise ?"Dictionnaire sociologique de l’entrepreneuriat (sous la direction de P.-M. Chauvin, M. Grossetti, P.-P. Zalio), Presses Universitaires de Sciences Po, 2014

• [activité éditoriale] Revue Française des Méthodes Visuelles

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[1] Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication à l'Université Bordeaux Montaigne / MICA 

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