Myriam Casamayor, littoral, rural, urbanisme : penser les équilibres territoriaux

Myriam Casamayor, littoral, rural, urbanisme : penser les équilibres territoriaux

Chercheuse à l’agence d’urbanisme et d’architecture Cittanova et docteure, rattachée au laboratoire PASSAGE, Myriam Casamayor développe un parcours à la croisée du monde académique et de l’opérationnel. Entre littoral, rural et périurbain, ses travaux interrogent les transformations des territoires et les outils pour les accompagner.

Entretien réalisé par Elya Techer, stagiaire au Forum urbain en 2026.

Racontez-nous votre parcours.

J’ai un parcours un peu atypique. J’ai d’abord réalisé un DUT en carrières sociales, gestion urbaine et développement touristique à Périgueux pendant deux ans. L’idée était de me professionnaliser dans le domaine du tourisme. Je suis ensuite partie un an en Erasmus près de Valence, en Espagne, ce qui m’a permis de me rendre compte des effets pervers du tourisme, bien qu’il participe au développement d’un territoire.

C’est à partir de cette expérience que j’ai décidé de ne plus m’orienter vers la création de projets touristiques, mais d’accompagner les territoires vers la recherche de leur équilibre, entre développement et préservation des espaces. J’ai alors obtenu un Master 2 en urbanisme, habitat et coopération internationale en alternance à l’Institut d’Urbanisme de Grenoble. Mon intérêt était plutôt d’accéder à la profession d’urbaniste et de travailler directement dans l’opérationnel ; je n’envisageais alors pas du tout de faire une thèse.

Après diverses expériences professionnelles, j’ai pallié le manque de connaissances relatives à l’héritage de l’ancienne politique d’aménagement touristique du littoral aquitain, la MIACA[1], en réalisant une thèse. J’y ai étudié les continuités et les bifurcations territoriales liées à la volonté des acteurs publics du littoral ex-aquitain de transmettre quelque chose aux générations futures.

Je suis actuellement chercheuse à l’agence d’urbanisme et d’architecture Cittanova et docteure, rattachée au laboratoire PASSAGE.

Quelles sont vos missions actuelles dans le cadre de votre travail ?

Je travaille essentiellement dans le secteur hors académique, en agence d’architecture et d’urbanisme. Ma mission principale est l’élaboration de documents d’urbanisme à l’échelle de grands territoires, notamment des communautés de communes.

Je mène aussi des projets de concertation et de participation citoyenne. J’ai notamment été retenue pour l’élaboration de plans locaux d’urbanisme intercommunaux sur le littoral basque, où on nous a demandé de faire de la concertation pour que les habitants prennent part au projet de territoire et aux règles qui y seront associées.

En parallèle, je poursuis la recherche. Je termine avec Guylaine Dénier un ouvrage POPSU Territoires sur le pouvoir du plan local d’urbanisme, issu d’une recherche menée en 2021. J’ai aussi été sollicitée récemment pour participer à la création d’ENCOAST[2], un réseau européen réunissant des personnes et des chercheurs qui travaillent sur les littoraux face aux changements climatiques. Je trouve ça très intéressant, parce que ça me remobilise sur le littoral après plusieurs années à travailler davantage sur le rural et le périurbain.

Que représente le Forum urbain pour vous et peut-être qu’est-ce qu’il vous a apporté ?

Le Forum Urbain m’a apporté un soutien technique et financier dans le cadre d’un projet que j’avais monté, InterAction, juste après ma thèse, en 2019-2020.

Ce projet a permis de constituer un petit réseau de motivés, à la fois chercheurs et praticiens, autour de l’évolution des documents d’urbanisme et des méthodologies d’élaboration des PLU[3]. Au bout d’un an, ce réseau s’est mobilisé pour monter une candidature POPSU. C’est justement le projet dont je parlais tout à l’heure et que nous sommes en train de finaliser aujourd’hui.

Le Forum Urbain a donc permis de faire émerger cette recherche sur les documents d’urbanisme et de constituer un réseau avec lequel j’ai toujours des contacts.

De par votre qualité d’urbaniste, quel défi profondément contemporain jugez-vous le plus crucial au regard de vos recherches ou de vos travaux ?

J’ai été spécialisée sur le littoral à travers ma thèse, puis j’ai passé plusieurs années à travailler sur le rural et le périurbain. J’ai donc envie de parler de deux défis majeurs. Pour le littoral, c’est la question de son habitabilité face aux changements globaux et à la pression urbaine qu’il subit, alors qu’il est de plus en plus fragile. Comment va-t-il réussir à résister à cette pression ?

Pour les espaces ruraux, c’est plutôt la déprise démographique. Je travaille notamment en Corrèze, où on y est déjà confrontés, alors que certains pronostics la situaient plutôt dans vingt ans. Comment va-t-on gérer ces territoires qui, je vais utiliser un mot un peu provocateur, sont quasiment à l’abandon ? On voit qu’il n’y a plus beaucoup d’attractivité résidentielle dans certains lieux, avec des conséquences sur les équipements publics, les écoles, etc.

Ce sont vraiment les deux défis dont j’ai envie de parler aujourd’hui : l’habitabilité du littoral et la déprise démographique des territoires ruraux.

Pouvez-vous nous parler de l’une de vos réalisations qui vous a marquées ?

Dernièrement, même si ce n’est pas encore terminé, je dirais l’achèvement prochain de ce livret sur les pouvoirs du PLU. J’ai reçu des retours positifs sur le territoire, donc ce sera déjà une belle réalisation pour moi.

Et puis, dans ce qui est plus technique, il y a l’approbation de documents d’urbanisme. Un document d’urbanisme met autant de temps qu’une thèse : quatre ans minimum. Je suis en train d’en achever trois sur des intercommunalités qui ont en moyenne 25 communes. Ça reste de gros morceaux, avec autant d’élus derrière et toute une gouvernance à gérer.

Vos recherches ont-elles influencé un quelconque changement au regard de vos habitudes ou peut-être de vos cheminements de pensée ? Si oui, lesquels ?

Je venais du monde professionnel, hors secteur académique, avant de faire ma thèse. C’est pour ça que mon parcours est un peu atypique. Cette expérience m’a vraiment fait évoluer dans ma manière d’aborder les sujets.

La réalisation de la thèse m’a donné des outils pour mieux cerner les enjeux, qu’ils soient territoriaux ou de gouvernance. Maintenant, chaque notion entendue, chaque concept, j’ai envie de les déconstruire et d’aller plus loin.

Comment imaginez-vous votre futur dans le monde de la recherche ?

Pour moi, l’idéal serait qu’une entreprise m’embauche pour faire de la recherche. Ce n’est pas évident, c’est encore rare.

La valorisation du doctorat hors du secteur académique est quelque chose qui m’a toujours motivée. Quand j’étais doctorante, j’avais participé à l’association AquiDoc[4], qui avait justement cet objectif. Tout récemment, je me suis proposée pour devenir ambassadrice de la valorisation du doctorat en Nouvelle-Aquitaine pour les sciences humaines et sociales.

Je trouve que les SHS sont encore largement sous-représentées dans les entreprises. Il faut arriver motivé pour valoriser le doctorat en SHS hors du secteur académique. Si je peux continuer à le faire dans la région, je le ferai : on m’a donné cette chance, donc autant rendre un peu la pareille.

Qu’est-ce que vous aimez faire en dehors de votre activité ?

Je pense que ça reste toujours un peu la même chose. Maintenant, j’ai deux enfants, mais j’adore toujours voyager, découvrir de nouveaux territoires et de nouvelles personnes. J’aime aussi randonner, à pied, à cheval ou à vélo.

Ce qui a pu évoluer, c’est mon regard depuis que j’ai des enfants. Jouer avec eux dans l’espace public, que ce soit dans des jardins ou dans des espaces résiduels, c’est quand même très intéressant pour une urbaniste.

Niveau émissions, j’écoute aussi On n’arrête pas l’éco et Grand bien vous fasse ! sur France Inter. Les deux me plaisent bien.


[1] En savoir plus : https://www.giplittoral.fr/ressources/projet-sur-lheritage-de-la-miaca 

[2] European Network for Coastal Studies and Research. Page LinkedIn du projet : https://www.linkedin.com/in/european-network-for-coastal-studies-and-research-encoast-a0066841b/ 

[3] Le PLU (Plan Local d’Urbanisme) est le document officiel qui fixe les règles d’utilisation des sols et de construction pour une commune ou un groupe de communes

[4] AquiDoc est une association née en 2007 à travers l’organisation de rencontres Jeunes Chercheurs/Entreprises. Elle représente les doctorants et les docteurs d’Aquitaine, de tous horizons disciplinaires. En savoir plus : https://www.u-bordeaux.fr/campus/animation-des-campus/associations/assos-du-campus-peixotto-bordes/formation-filiere/aquidoc 

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