Le 28 avril 2026, le Forum urbain et Bordeaux Métropole ont organisé un séminaire petit-déjeuner à la Maison Écocitoyenne de Bordeaux, consacré à une question aussi concrète que complexe : comment améliorer le tri des déchets ?
À partir de deux expérimentations menées à Mérignac et sur le territoire du SMICVAL (Libournais), cette rencontre a permis de croiser regards scientifiques et retours d’expérience de terrain, afin d’identifier les conditions favorables à l’évolution des pratiques.
Un effort environnemental inégalement soutenable
En s’appuyant sur une enquête sociologique de terrain, Maxence Mautray a mis en évidence les limites d’une approche uniquement centrée sur la responsabilisation individuelle.
Le tri des déchets repose en effet sur un « effort environnemental » qui n’est ni uniformément réparti, ni également soutenable. Il dépend fortement des conditions matérielles (logement, accessibilité des équipements, mobilité) et des ressources sociales des ménages.
Cet effort est également socialement situé : il repose en grande partie sur le travail domestique, encore majoritairement assuré par les femmes. Dès lors, les politiques publiques qui demandent un effort supplémentaire peuvent être perçues comme une contrainte, voire comme une forme d’injustice, plutôt que comme une avancée écologique.
Ces constats invitent à adapter les dispositifs aux réalités des habitants : proximité du service, prise en compte des contraintes quotidiennes, et attention portée à la construction de la légitimité de l’action publique.
Agir sur les conditions concrètes du tri
L’expérimentation menée par Bordeaux Métropole à Mérignac, présentée par Dorothée Despagne Gatti, a apporté un éclairage complémentaire, centré sur les conditions matérielles et organisationnelles du tri, notamment en habitat collectif.
L’objectif : améliorer les pratiques en combinant sensibilisation et accompagnement des usagers. Mais les résultats montrent que des éléments en apparence secondaires peuvent constituer des freins majeurs : absence de signalétique claire, manque d’équipements adaptés, ou organisation peu lisible du dispositif.
Ces enseignements ont conduit à envisager une seconde phase d’expérimentation en 2026, avec une ambition de généralisation à l’échelle métropolitaine, en s’appuyant sur les ajustements identifiés lors de la première phase.
Entre incitation, contrainte et justice sociale
Au-delà des cas étudiés, les échanges ont permis de poser des questions plus larges sur les ressorts du changement de comportement.
Faut-il privilégier la sensibilisation, l’incitation ou la contrainte ? Comment articuler ces leviers sans générer de rejet ? Et surtout, comment éviter que la transition écologique ne fasse peser une charge disproportionnée sur les habitants ?
Le sentiment d’injustice exprimé par certains usagers renvoie à une problématique plus large : celle de la « charge mentale écologique ». Dès lors, une piste évoquée consiste à déplacer une partie de l’effort en amont, en interrogeant les modes de production et de distribution des déchets.
Penser le tri comme un enjeu urbain
Ce séminaire a montré que le tri des déchets ne relève pas uniquement de gestes individuels, mais qu’il s’inscrit dans un ensemble de choix politiques, techniques et sociaux.
En interrogeant à la fois les pratiques, les dispositifs et les représentations, cette rencontre a permis de mieux comprendre les conditions d’une transition écologique acceptée et partagée.
Un sujet en prise directe avec les enjeux urbains contemporains, qui rappelle que la transformation des villes passe aussi par l’attention portée aux gestes du quotidien.