[RETOUR SUR] Métabolisme urbain, conférence de Sabine Barles, Grand Prix de l’urbanisme 2025

Le 10 mars 2026, le Forum urbain, la Maison écocitoyenne de Bordeaux et l’a’urba ont accueilli Sabine Barles, Professeure d’urbanisme-aménagement à l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et lauréate du Grand Prix de l’urbanisme 2025, pour une conférence consacrée au métabolisme urbain. Au cœur de ses travaux, ce concept permet d’analyser le fonctionnement matériel des villes et d’interroger les conditions d’une transition écologique des systèmes urbains.

Le métabolisme urbain : une autre manière de regarder la ville

Le métabolisme urbain consiste à considérer la ville comme un organisme qui transforme des flux de matières et d’énergie. Les villes reçoivent des ressources nécessaires à leur fonctionnement comme l’eau, l’énergie, l’alimentation ou les matériaux de construction. Une partie de ces ressources est accumulée sous forme de stocks, notamment dans les bâtiments et les infrastructures, tandis qu’une autre est rejetée sous forme de déchets ou de pollutions.

Cette approche rappelle que les sociétés humaines reposent sur une base matérielle. Elle permet d’observer concrètement les flux qui traversent les villes et de mieux comprendre comment ces dernières participent à la consommation globale de ressources.

Des villes insérées dans des territoires plus vastes

L’un des apports majeurs de l’approche métabolique est de déplacer le regard. Plutôt que d’étudier uniquement le fonctionnement interne des villes, elle invite à analyser leurs relations avec les territoires qui les approvisionnent.

Les villes dépendent en effet de ressources produites ailleurs, parfois à grande distance. Cette organisation entraîne une externalisation des impacts environnementaux : les effets liés à l’extraction des ressources ou à leur production se situent souvent hors des espaces urbains eux-mêmes.

Dans un contexte de dépassement progressif des limites planétaires, cette lecture permet de mieux saisir la manière dont les systèmes urbains participent à l’épuisement des ressources naturelles.

Un modèle encore largement linéaire

Sabine Barles a également rappelé que l’organisation actuelle des flux reste largement fondée sur un modèle linéaire. Les ressources sont extraites, transformées, consommées puis rejetées sous forme de déchets. Ce fonctionnement est caractéristique du régime socio-écologique industriel, marqué par des flux de matière et d’énergie particulièrement importants.

Malgré les discours sur la transition écologique, ces flux continuent aujourd’hui d’augmenter. Les dynamiques économiques et urbaines restent encore largement structurées par ce modèle de production et de consommation.

Vers des logiques plus circulaires

Face à ces constats, l’approche par le métabolisme ouvre plusieurs pistes pour l’action publique et l’aménagement. Elle invite notamment à réfléchir à des modes de développement plus circulaires, qui accorderaient davantage de place à la récupération, à la réutilisation et au recyclage des ressources.

Cette évolution soulève toutefois des enjeux économiques importants. Aujourd’hui, le modèle linéaire demeure souvent plus rentable que les logiques circulaires. La transition suppose donc de repenser l’organisation des systèmes de production et de gestion des ressources, mais aussi les politiques publiques qui les encadrent.

Une grille de lecture pour penser la transition des villes

En mettant en lumière les flux de matière et d’énergie qui traversent les villes, l’approche métabolique propose une grille de lecture utile pour mieux comprendre les dépendances des systèmes urbains et leurs impacts environnementaux.

Elle invite également à replacer les enjeux matériels au cœur des politiques urbaines et à interroger plus largement les modèles de développement qui structurent aujourd’hui les villes. Autant de pistes de réflexion pour imaginer des trajectoires urbaines plus sobres et plus soutenables.

 

 

Article de Océane Lecomte.
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