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PORTRAIT DE CHERCHEURS : Myriam Casamayor, ou la recherche au service de l’action

PORTRAIT DE CHERCHEURS : Myriam Casamayor, ou la recherche au service de l’action

Doctorante depuis 2014 au sein du laboratoire PASSAGES, Myriam Casamayor s’intéresse à la politique d’aménagement du littoral aquitain ; une manière de valoriser la recherche comme outil d’aide à la décision publique et de tirer parti de ses expériences professionnelles dans le privé.


Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours un peu atypique ! J’ai d’abord réalisé un DUT[1] "carrières sociales, gestion urbaine et développement touristique" à Périgueux pendant deux ans. L’idée était de me professionnaliser dans le domaine du tourisme. Je suis ensuite partie un an en Erasmus près de Valence en Espagne, ce qui m’a conduit à découvrir les effets négatifs du tourisme sur le littoral. C’est à partir de cette expérience que je me suis tournée vers le droit du sol, l’urbanisme et l’aménagement du territoire. J’ai alors effectué une licence préparatoire aux métiers de l’aménagement à Pau, puis ai rejoint l’Institut d’urbanisme de Grenoble, pour un master "Urbanisme, Habitat et Coopération Internationale" qui proposait une formation en alternance en Master 2. Mon intérêt à l’époque était plutôt d’accéder à la profession d’urbaniste et de travailler directement dans l’opérationnel ; je n’envisageais pas du tout de faire une thèse !

Après diverses expériences professionnelles (alternance dans une agence d’urbanisme à Perpignan, puis divers CDD dans des bureaux d’étude à Pau et à Bordeaux notamment), j’ai effectué un remplacement de 4 mois au sein du GIP[2] Littoral Aquitain. J’y ai découvert un manque de connaissances sur l’ancienne politique d’aménagement touristique du littoral aquitain. Les pouvoirs publics locaux menaient une réflexion prospective visant à proposer une nouvelle politique d’aménagement et de préservation de l’environnement, mais n’avaient jamais réalisé de rétrospective réellement approfondie. Pendant un an, j’ai monté mon projet de thèse CIFRE[3] tout en conseillant des élus du pays basque. En juillet 2014, j’ai pu me lancer dans ma thèse que j’espère terminer en juin 2018.

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Mes recherches touchent à des enjeux tels que la littoralisation (très prégnante sur le littoral aquitain qui, au-delà des touristes, accueille de plus en plus de résidents), la métropolisation (la métropole de Bordeaux, de même que l’agglomération basque Biarritz-Anglet-Bayonne et la ville de Saint-Sébastien côté espagnol étant proches du littoral aquitain), la préservation des espaces naturels (agricoles et forestiers, qui doivent notamment faire face à l’artificialisation des sols), mais aussi aux enjeux liés aux risques naturels qui sont une problématique majeure sur le littoral aquitain (5 800 logements étant par exemple directement menacés par la submersion marine et l’érosion).

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la recherche ?
C’est essentiellement l’envie d’approfondir des concepts d’urbanisme et d’aménagement du territoire qui m’intéressaient, auxquels j’avais été directement confrontée durant mes expériences professionnelles et sur lesquels il existait un déficit de connaissances scientifiques. La recherche m’a alors semblée pertinente et intéressante pour servir l’action publique ; je la conçois comme un véritable outil d’aide à la décision.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que doctorante ?
Il s’avère très différent de celui d’une chargée d’étude (fonction que j’avais déjà occupée pendant trois ans avant de commencer ma thèse) : il s’agit de lire beaucoup d’articles et d’ouvrages scientifiques, d’échanger avec des chercheurs et des experts (notamment ceux de l’équipe du GIP Littoral Aquitain dans mon cas), de partager des connaissances avec d’autres doctorants  au sein d’ateliers mensuels au laboratoire, de valoriser mes recherches par des conférences ou présentations de mes travaux lors de colloques, mais aussi par la rédaction d’un memento d’environ 150 pages à destination des élus par exemple, projet qui a représenté un travail important.

Quelles sont pour l'instant vos plus grandes réussites ou vos plus grandes fiertés ?
Avant la soutenance de ma thèse, je crois que c’est pour l’instant le fait d’avoir été et d’être capable de m’intégrer dans un réseau de chercheurs.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Après ma thèse, j’envisage de m’orienter vers l’urbanisme au sens large, au sein d’institutions privées ou publiques, hors du champ académique. J’apprécierais beaucoup de pouvoir jouer un rôle d’interface entre recherche et action. Je pense véritablement qu’il existe un enjeu majeur de mise en avant de la recherche dans le développement des territoires, et une nécessité de prouver aux divers acteurs du territoire qu’elle peut constituer un outil intéressant d’aide à la prise de décision.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il ?
Je trouve que sa création est une excellente initiative, et qu’elle était absolument incontournable dans une ville comme Bordeaux. J’en attends une émulation ; il me semble qu’il constitue le lieu adéquat pour accueillir tant des acteurs que des chercheurs, en vue de servir l’action ainsi que de nourrir la recherche. Le Forum urbain peut même favoriser des réflexions intéressantes au-delà de l’échelle métropolitaine, dans un contexte d’émergence des grandes régions.

Quelles sont vos occupations en dehors de la recherche ?
Je n’ai malheureusement que peu de lectures déconnectées de ma thèse depuis trois ans, mais quand j’ai un peu de temps, ce sont plutôt des romans ! J’aime aussi beaucoup la randonnée et les voyages. Et je m’investis aussi dans l’association Aquidoc, qui vise à favoriser l’insertion professionnelle des doctorants.


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[1] Diplôme Universitaire de Technologie

[2] Groupement d’intérêt Public

[3] Convention Industrielle de Formation par la Recherche, basée sur un partenariat tripartite entre un doctorant, un laboratoire de recherche et une structure professionnelle.

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