Université de BordeauxCluster of excellence

Aline Barlet, entre psychologie, ingénierie et architecture

Aline Barlet, entre psychologie, ingénierie et architecture

Chercheuse en psychologie environnementale, Aline Barlet est co-directrice du GRECCAU et enseigne à l'ensapBx. Grâce à son approche mêlant les sciences humaines, l'architecture et les phénomènes physiques, elle porte un regard neuf sur les ambiances sonores, le confort dans la ville et la transition écologique. Portrait.

Entretien réalisé par Josselin Boulet, stagiaire au Forum urbain en 2020. 


Quel est votre parcours ?

Au départ, je voulais être médecin, mais je n’ai pas réussi à rentrer en médecine. Comme le rapport soignant-soigné m’intéressait, je me suis orientée vers la psychologie. Et puis j’ai découvert la psychologie environnementale[1] pendant mes études. J’ai trouvé ça passionnant et surtout très concret, avec une vraie possibilité d’impact sur le quotidien des gens et leur bien-être. J’ai donc décidé de faire un doctorat de psychologie, qui s’est intéressé au confort scolaire dans les collèges. Pendant ma thèse, j’ai été amenée à travailler avec des architectes, et des ingénieurs, notamment acousticiens. Je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’ils me racontaient ; j’étais un peu perdue. J’ai donc passé en parallèle de ma thèse un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en acoustique architecturale et urbaine à l’université Pierre et Marie Curie. Cela a été mon premier lien fort avec l’architecture et l’urbanisme, et ça m’a passionné. Pendant ce DESS, j’ai eu la chance d’avoir comme enseignante Catherine Semidor, enseignante à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux (ENSAPBx), qui s’est intéressée à mon profil, parce qu’il n’y avait aucun autre psychologue que moi dans cette formation, essentiellement destinée aux architectes et ingénieurs. J’approchais la question sonore à la fois du point de vue de la physique, de la métrologie[2] et du ressenti. C’est comme ça que je suis arrivée à l’ENSAP de Bordeaux. Cela fait maintenant 25 ans que j’y enseigne et que j’ai intégré le laboratoire GRECCAU juste après ma thèse.
Mes travaux se sont orientés sur tout ce qui touche aux ambiances, sonores en particulier. J’ai beaucoup travaillé sur l’acoustique dans l’environnement urbain, mais aussi sur la problématique du confort micro-climatique. Ces deux aspects du confort sont en lien avec la morphologie de la ville, les matériaux, les bâtiments, la végétation, et le confort qu’on peut ressentir quand on se déplace en ville, a souvent un impact sur nos choix d’itinéraires par exemple. Quant à mes enseignements ils se concentrent plutôt sur les ambiances et le confort pendant la licence et sur la transition écologique en master. En psychologie environnementale, on aborde souvent la transition écologique et les éco-comportements à travers le concept de "dissonance cognitive". Je vous donne un exemple : le tri des déchets. Tout le monde sait que c’est important, mais tout le monde ne trie pas ses déchets pour autant. Cela signifie qu’entre attitude et comportement, il n’y a pas forcément de lien direct de cause à effet et que le contexte social, économique, politique même, joue donc un rôle très important dans nos prises de décision.
Je cherche globalement à trouver les moyens d’accompagner un changement d’attitude, de comportement, pour que le paradigme de la transition écologique devienne celui de tout un chacun.

Qu’est-ce-qui vous a attirée vers la recherche ?
Je pense que c’est le manque de réponses à toutes les questions que je me posais. Je suis extrêmement curieuse et je ne supporte pas la frustration liée à l’absence de réponse, même partielle. J’ai besoin de comprendre les phénomènes qui m’interrogent, de les décortiquer, de me les approprier.

A quels grands enjeux de recherche urbaine vos travaux répondent-ils ?
Au GRECCAU, l’objectif de nos travaux est d’apporter des connaissances aux aménageurs, pour les aider dans la prise de décision. Dans nos travaux, il y a toujours une approche des phénomènes physiques, une approche architecturale et une approche par les sciences humaines. Je mêle systématiquement ces trois approches pour obtenir des résultats qui puissent nourrir la production d’espaces en transition écologique, économique, sociale et culturelle.

A quoi ressemble votre quotidien d’enseignante-chercheuse et de co-directrice du GRECCAU ?
Avant le confinement, c’était un temps partagé entre l’enseignement et la recherche, mais je suis avant tout enseignante. Je prends beaucoup de plaisir à enseigner, c’en est presque ressourçant ! Par ailleurs, la transition écologique est un domaine qui évolue extrêmement vite ; je dois donc remettre à jour mes cours tous les ans, ce qui me demande beaucoup de temps. Enfin, en tant que chercheuse, mon quotidien est fait de terrains. Je pense que je ne pourrais pas tirer d’enseignements pertinents de mes recherches si je n’étais pas au contact même de la source des données.
Depuis le confinement, mes journées de travail se sont rallongées et j’ai mis la recherche de côté pour me concentrer sur l’accompagnement des étudiants.

Quelles sont vos plus grandes réussites et vos plus grandes fiertés ?
Je pense que ma plus grande fierté, c’est la relation que j’ai réussi à établir avec les étudiants, et le retour qu’ils me font de mes enseignements. J’essaie d’être bienveillante avec eux et de leur proposer une pédagogie qui les implique fortement dans leurs apprentissages, ce que mes étudiants apprécient, je crois. J’essaie aussi de valoriser leurs travaux. Par exemple, lorsqu’il y a un appel à communication ou à article sur un sujet sur lequel un des étudiants a travaillé dans le cadre de son mémoire, je le pousse et l’aide à publier. Les étudiants sont en général ravis de cette expérience.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
J’espère pouvoir obtenir un poste de maître de conférences titulaire. Je souhaite aussi développer des projets de recherche sur la transition écologique, et y impliquer davantage les étudiants. Je prépare également une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), qui me permettra d’encadrer davantage de travaux doctoraux.

Qu’est-ce que le Forum urbain représente pour vous et que vous a-t-il apporté ?
Le Forum urbain a un rôle de mise en réseau et de veille scientifique. Il me permet de savoir ce que les collègues universitaires, en dehors de mon champ d’étude, font, de rencontrer d’autres acteurs de l’urbain provenant d’horizons différents, d’échanger, de partager et de monter des projets ensemble.

Quels sont vos loisirs en dehors de votre activité d’enseignante-chercheuse ?
Quand je ne travaille pas, j’écoute de la musique métal et de la musique extrême, je vais à des concerts, et à des festivals. C’est un moyen pour moi de "débrancher", de m’évader et peut-être aussi de retrouver une certaine insouciance en ne cherchant rien d’autre qu’à prendre du plaisir.


Quelques travaux disponibles en ligne :

• [Rapport] ASTUCE (Ambiances Sonores, Transports Urbains, Cœur de ville et Environnement) de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) dirigé par Catherine Semidor, Henry Torgue et Jacques Beaumont

• [Article] Effets de la réflexion diffuse des façades sur la propagation acoustique et sur la représentation de l’environnement sonore en milieu urbain (avec Catherine Sémidor et al), Acoustique et Techniques, 4èmes Assises de l’environnement sonore, 2005

• [Article] Perceptions et représentations des habitants d’un quartier en réhabilitation : le quartier MALAKOFF à Nantes (avec Françoise Chartier et Philippe Woloszyn), Les Cahiers Nantais, 2011

----
[1]
La psychologie environnementale est l’étude des interrelations entre l’homme et son environnement, l’environnement étant compris au sens large, à savoir l’environnement physique et social.

[2] Science des mesures

Figure dans les rubriques
Portraits des chercheurs du Forum urbain


HAUT