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Portrait de chercheur : Gilles Pinson, le "politiste-urbanaute"

Portrait de chercheur : Gilles Pinson, le "politiste-urbanaute"

Gilles Pinson est Professeur de science politique à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Emile Durkheim depuis 2013. Fondateur du Forum urbain, il pousse au développement d'une approche transversale de la ville par le décloisonnement des milieux professionnels et des disciplines académiques. Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai commencé mes études à Sciences Po Paris (durant trois ans), avant d’intégrer son cycle d’urbanisme qui correspondait à l’époque à un DESS[1] d’urbanisme et d’aménagement. Après un stage long de quatre mois au Vietnam, j’ai réalisé un service national ville[2] à Marseille sur des questions de politique de la ville, puis me suis réorienté et suis revenu aux études via un DEA[3] « Action publique et territoires en Europe » qui venait d’ouvrir à Sciences Po Rennes. J’ai enchaîné avec un mémoire sur les politiques de déplacements urbains à Nantes et à Rennes et une thèse sur le projet urbain, sous la direction de Patrick Le Galès et Joseph Fontaine, soutenue en novembre 2002. Après un post-doctorat à l’université de Salford (près de Manchester) sous la direction d’Alan Harding, j’ai obtenu mon premier poste de Maître de conférences en science politique à la faculté de droit de Saint-Etienne, où je suis resté six ans. En 2009, après avoir réussi le concours de l’agrégation et avoir été promu Professeur des universités, je rejoins Sciences Po Lyon, où je participe à la création du Labex (laboratoire d’excellence) « Intelligence des Mondes Urbains » et du master Altervilles. J’ai finalement rejoint Sciences Po Bordeaux et le Centre Emile Durkheim en 2013.

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Mes travaux sont à la lisière entre, d’une part, les travaux sur les politiques urbaines et la manière dont on les fabrique (avec notamment un intérêt pour la planification et le projet urbain dans mes premiers travaux) et, d’autre part, une interrogation sur les villes comme des acteurs et des espaces politiques, partant du constat qu’en France, la structuration des études et formations sur la ville donne plutôt à voir cette dernière comme un espace à aménager. J’essaie de connecter les transformations des modes d’action publique urbaine aux relations que les villes entretiennent avec l’Etat, l’Union européenne, le global, les autres villes, etc.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la recherche ?
C’est essentiellement le fait que dans mon expérience de la politique de la ville à Marseille, j’avais l’impression de ne pas être nourri intellectuellement dans la confrontation à l’action quotidienne. La recherche a pour moi été une possibilité de prolonger au-delà des études initiales une activité intellectuelle et de m’apporter une nécessaire prise de recul. De plus, la manière dont on construit les objets de recherche lorsque l’on travaille sur la ville ne me semble pas très éloignée des questions que se posent les opérateurs eux-mêmes ; c’est ce qui fait selon moi la spécificité de la recherche sur les thématiques urbaines.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que chercheur ?
Le quotidien d’un chercheur est très peu routinisé et difficile à planifier (c’est d’ailleurs parfois un peu déstabilisant !). Les activités sont très diverses : bien sûr travailler sur des articles ou évaluer des articles écrits par d’autres, rencontrer des acteurs locaux, participer à des réunions ainsi qu’aux instances de son établissement d’enseignement supérieur ou de son laboratoire, réaliser de la recherche de terrain… Les périodes estivales permettent de retrouver un peu de stabilité et de temps pour écrire.

Quelles sont vos plus grandes réussites ou vos plus grandes fiertés dans votre parcours de chercheur ?
Je crois que le plus grand moment de satisfaction pour un chercheur, c’est quand un de ses articles ou ouvrages est publié, car c’est l’aboutissement de son travail et sa vocation première. On peut aussi éprouver de la satisfaction lorsqu’une formation qu’on a conçue semble bien fonctionner, correspondre aux besoins des étudiants et les intéresser, comme ce fut me semble-t-il le cas de mes deux expériences de montage de master.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
D’abord, faire monter en puissance le Forum urbain, mais aussi écrire quelques ouvrages, notamment un manuel sur les politiques urbaines et peut-être un ouvrage en français sur la ville néolibérale, et amplifier un travail de recherche sur les questions de « smart city ». Faire prospérer le master Stratégies et Gouvernances Métropolitaines, dont je suis responsable à Sciences Po Bordeaux, constitue aussi un objectif. J’aimerais davantage l’internationaliser en proposant plus de parcours à l’étranger et en attirant plus d’étudiants étrangers en son sein.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheur ?
Pour moi, c’est un outil qui vient pallier les insuffisances de nos institutions : les laboratoires ont du mal à faire de la valorisation, les établissements d’enseignement supérieur ont du mal à accompagner les enseignants-chercheurs lorsqu’ils essaient de monter une formule pédagogique mettant en contact les étudiants avec le monde extérieur. A titre personnel, le Forum m’a permis d’identifier et de rencontrer les acteurs qui travaillent sur les thématiques urbaines à Bordeaux, et m’a apporté une aide inestimable pour créer le master (en particulier en ce qui concerne les projets collectifs réalisés par les étudiants).

Quelles sont vos lectures en dehors des ouvrages scientifiques ?
En ce moment, je lis « La Divine Comédie » de Dante, et je viens de terminer une très bonne bande-dessinée de Philippe Squarzoni qui s’appelle « Homicide » et est une adaptation des chroniques de David Simon (qui ont inspiré la série « The Wire ») rédigées à l’époque où il était journaliste au Baltimore Sun et suivait le quotidien des inspecteurs de la brigade des homicides de la capitale du Maryland.

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[1] Diplôme d'études supérieures spécialisées, remplacé depuis la réforme Licence-Master-Doctorat de 2005 par le Master 2 professionnel.

[2] Service civil dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

[3] Diplôme d’études approfondies visant la préparation au doctorat, remplacé depuis 2005 par le Master 2 recherche.



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