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PORTRAIT DE CHERCHEUR : Laura Rosenbaum, jeune docteure tournée vers l'international

PORTRAIT DE CHERCHEUR : Laura Rosenbaum, jeune docteure tournée vers l'international

Architecte de formation, Laura Rosenbaum a soutenu en juin 2017 une thèse consacrée à l’internationalisation de la profession d’architecte. Aujourd’hui docteure en sociologie et membre du laboratoire PAVE (Profession Architecture Ville Environnement), elle s’attache à conserver une dimension comparative internationale dans ses travaux de recherche. Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai étudié l’architecture à Bordeaux entre 2004 et 2010. Pendant une année d’études au Chili, j’ai eu l’opportunité de m’investir dans des activités de recherche en urbanisme. Après mon diplôme en 2010, je suis repartie travailler au Chili dans la reconstruction post-tsunami, avant de rentrer en France passer l’habilitation à la maîtrise d’œuvre en nom propre.[1]

Après avoir travaillé trois ans entre Bordeaux et Paris en agences d’architecture, j’ai réorienté mon parcours vers la recherche. J’ai repris contact avec un de mes anciens professeurs de l’école d’architecture et de paysage de Bordeaux, Guy Tapie, qui est sociologue et encadre des thèses au laboratoire PAVE. La récente association de ce laboratoire au Centre Émile Durkheim a été l’opportunité d’améliorer mes compétences en matière de méthode d’enquête, ce qui m’a beaucoup aidée puisque je ne venais pas initialement du milieu universitaire.

En 2017, après quatre années de travail, et un soutien financier du ministère de la Culture et de la communication (qui est le ministère de tutelle des écoles d’architecture), j’ai soutenu une thèse dédiée à l’internationalisation de la profession d’architecte.

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
Les architectes font partie intégrante du système d’acteurs qui fabriquent la ville, ils ont une approche urbaine globale qui dépasse la conception de bâtiments. Aujourd’hui, je souhaite aller plus loin dans mon travail sur les thématiques urbaines, et y inclure une dimension comparative internationale qui me tient à cœur depuis la thèse : il s’agit par exemple d’ouvrir les questions urbaines aux bonnes pratiques, aux modèles de villes, et à la transition énergétique. Ce sont d’ailleurs des thématiques qui intéressent directement le Forum urbain.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la recherche ?
Je crois que c’est essentiellement mon expérience au Chili. Là-bas, l’enseignement fonctionne plutôt sur un modèle anglo-saxon : il n’y a pas de réel cloisonnement entre les disciplines, et la recherche est très présente, y compris chez les architectes. J’y ai développé un goût pour les enquêtes de terrain après avoir rédigé un mémoire portant sur l’hospitalité urbaine.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que chercheur ?
Durant ma thèse, j’ai essayé de combiner au mieux mes différentes activités : lecture d’articles scientifiques, entretiens avec des acteurs, retranscriptions, participation à la vie du laboratoire et à des colloques. Aujourd’hui, j’articule mon temps entre le laboratoire PAVE et le Centre Émile Durkheim ; je suis des formations, participe à des réunions avec les chercheurs, coordonne des séminaires au Centre Émile Durkheim sur les questions internationales… J’aime m’inscrire dans un cadre collectif, même si les activités de recherche exigent parfois aussi des périodes de travail solitaire.

Quelles sont vos plus grandes réussites ou vos plus grandes fiertés dans votre parcours de chercheur ?
Je crois que c’est de pouvoir donner des cours aussi bien à des étudiants en Licence, Master, qu’à des architectes déjà formés qui passent leur habilitation à la maîtrise d’œuvre en nom propre, et qui sont en demande de connaissances universitaires sur la condition internationale des architectes. Je trouve cela gratifiant, et mesure l’utilité sociale de mon travail. Je dirais aussi que je suis très heureuse d’avoir réalisé une thèse de sociologie alors que cette discipline ne correspondait pas à ma formation initiale, ce qui m’a permis de m’intégrer à un nouveau milieu socioprofessionnel.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
D’abord continuer à enseigner à l’école d’architecture et de paysage, mais aussi essayer d’intégrer davantage la dimension urbaine à mes recherches. Dans ce sens, je m’apprête à débuter une recherche post-doc au LyRE, centre de R&D de Suez. Je vais analyser pendant deux ans la ressource en eau sur la métropole bordelaise, et réaliser des comparaisons internationales. L’objectif est de mieux comprendre les usages de l’eau, et sa distribution. Le prisme des projets urbains sera privilégié pour expliquer comment les concepteurs des villes incluent l’eau dans l’aménagement des territoires.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que chercheur ?
Le Forum urbain m’offre avant tout un contact avec d’autres chercheurs sur les questions urbaines. Il est aussi très utile pour coordonner les nouveaux projets de recherche et dépasser le strict milieu universitaire en offrant une ouverture sur les praticiens et les étudiants (ce à quoi j’aspire en tant que chercheuse ayant d’abord travaillé en agence d’architecture).

Quelles sont vos lectures en dehors des ouvrages scientifiques ?
Je lis beaucoup de romans ! Récemment j’ai lu deux ouvrages de l’auteure Chimamanda Ngozi Adichie, connue pour « Americanah ». Elle y raconte l’immigration du Nigéria vers les États-Unis. Finalement je m’aperçois que, comme dans mon travail de thèse, il est aussi souvent question de circulations internationales !


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[1]  Formation en alternance d’un an suite au Master, qui permet légalement aux diplômés de porter le titre d’architecte.

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