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PORTRAIT DE CHERCHEUR : Charles de Godoy Leski, explorateur d’interdépendances ville / nature

PORTRAIT DE CHERCHEUR : Charles de Godoy Leski, explorateur d’interdépendances ville / nature

Doctorant en sociologie au sein de l’IRSTEA (Institut national de recherches en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture), Charles de Godoy Leski étudie les relations d’interdépendance entre Bordeaux Métropole et ses territoires voisins et leurs conséquences à la fois politiques et environnementales, après un parcours pour le moins atypique. Portrait.


Quel est votre parcours ?

J’ai un parcours un peu complexe : j’ai débuté avec des études de droit (spécialisation en droit public), à la suite de laquelle j’ai travaillé huit ans en tant que juriste. J’ai repris mes études durant les trois dernières années, en sociologie cette fois. J’avais depuis longtemps un intérêt prononcé pour cette discipline, et j’avais envie de m’orienter vers un métier plus épanouissant pour moi. J’ai alors suivi une formation en sociologie urbaine à l’Université Bordeaux Segalen (Université de Bordeaux aujourd’hui) et ai réalisé mon stage de fin d’étude à l’IRSTEA, un laboratoire spécialisé en sciences de l’environnement où j’ai notamment fait de la prospective, encore une expérience un peu nouvelle et inattendue pour moi !

Je réalise aujourd’hui une thèse intitulée "Gouverner les interdépendances territoriales face aux changements globaux. Bordeaux Métropole et l’estuaire de la Gironde". Celle-ci s’inscrit dans un projet de recherche interdisciplinaire nommé "URBEST", qui s’intéresse aux relations d’interdépendance entre Bordeaux Métropole et les territoires proches, abordées selon trois types de gouvernance : celle de l’estuaire et des risques qui lui sont associés, celle de la biodiversité, et enfin celle de la ressource en eau potable. L’objectif est que chaque discipline impliquée dans le projet contribue à la qualification de ces relations d’interdépendance. On attend d’ailleurs dans ce projet que ce soit la sociologie qui anime l’esprit d’interdisciplinarité.

Je suis en parallèle associé à deux autres projets : le premier, réalisé pour Bordeaux Métropole, propose une analyse sociopolitique des rapports de force autour de l’objet biodiversité, et la reconfiguration des données brutes des écologues ; le second, nommé "Epizhone", propose une analyse de la vallée des Jalles et se veut transdisciplinaire : il regroupe notamment des chimistes, des écologues, des sociologues et des économistes.

Pour le Forum urbain, je me suis également investi cette année dans le comité scientifique de la démarche des Ateliers Bordeaux Inno Campus. L’idée était de contribuer en apportant un regard scientifique, sans pour autant influencer le panel[1].

A quels grands enjeux urbains vos travaux de recherche répondent-ils ?
J’analyse essentiellement la difficile conciliation entre les logiques aménagistes d’une part et le maintien des systèmes écologiques d’autre part. La question posée est la suivante : comment veut-on que la ville s’insère dans un environnement plus grand qu’elle-même ? Il s’agit donc d’étudier les phénomènes de métropolisation et de métapolisation (son envers souvent négligé dans les recherches) ainsi que leurs conséquences environnementales. Je m’intéresse donc d’une certaine façon à l’articulation entre "désir de ville" et "désir d’environnement" et à tous les risques que celle-ci peut générer.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la recherche ?
Je crois que c’est d’abord une volonté d’exploration : l’idée de sortir de sa zone de confort, d’emprunter des voies impensées jusque-là. J’aime beaucoup l’idée de questionner l’évidence pour alimenter sa propre sagacité. J’ai par ailleurs un goût prononcé pour la lecture et l’écriture, ainsi que pour l’innovation et le fait de tester de nouvelles choses. Je me plais beaucoup à l’IRSTEA, car l’environnement est un champ d’investigation qui a souvent été porteur de grandes innovations et avancées. La nécessité de croiser les approches sur les questions environnementales (surtout si l’on ne veut pas simplement réparer les impacts sur l’environnement, mais aussi les anticiper) m’intéresse particulièrement.

A quoi ressemble votre quotidien en tant que doctorant ?
Je m’arrange pour qu’il n’y ait pas de routine ! Le métier de chercheur suppose actuellement une accélération du temps et une démultiplication des tâches à effectuer : aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de lire et écrire, mais aussi de valoriser, voire d’être une sorte de marketeur de son propre travail, de gérer des aspects administratifs, etc. J’essaie de conserver le plus de liberté possible dans mon travail malgré tout, c’est important pour un chercheur.

Quelles sont jusqu'ici vos plus grandes réussites ou vos plus grandes fiertés ?
Ma plus grande fierté, c’est sans doute l’éthique que je me fixe en tant que chercheur : toujours respecter la confidentialité d’un enquêté, me donner les moyens de sortir de mes propres biais cognitifs... Pour bien comprendre cela, il est par exemple très intéressant de relire plusieurs fois la retranscription d’un même entretien, à différents moments correspondant à différentes humeurs, car l’on y trouvera des choses nouvelles à chaque fois !

Je suis aussi très satisfait de pouvoir faire de l’anticipation (c’est-à-dire de la prospective) et de mettre en récit des futurs probables. Et pour réussir cela, il faut arriver à mettre en lien des choses qui ne l’avaient jamais été.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Avant toute autre chose, c’est évidemment de finir ma thèse ! A un niveau plus personnel, c’est de me faire une place dans le monde de la recherche. Et à un niveau portant davantage sur l’utilité publique, c’est de produire un regard sociologique qui soit en mesure de répondre à la fois à des questionnements disciplinaires, mais aussi à des problèmes sociétaux. Je ne fais personnellement aucune dichotomie entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée ; cette frontière habituellement tracée me semble en réalité très artificielle.

Que représente pour vous le Forum urbain ? Que vous apporte-t-il en tant que doctorant ?
Pour moi, le Forum urbain représente avant tout une interface entre la communauté scientifique et les acteurs du territoire. Les jeunes chercheurs ont particulièrement besoin de rencontrer des professionnels pour trouver leur place et faire fructifier leur travail ; le Forum urbain peut y contribuer. Il peut aussi créer des liens entre les chercheurs d’une même communauté : cela permet de se rencontrer et d’échanger des idées, de façon simple et conviviale. Il a donc un rôle très important de structuration des réseaux.

Quelles sont vos activités en dehors de la recherche ?
Je profite des charmes du littoral,  je jardine et j’essaie avant toute chose de ne pas négliger les moments avec mes amis ; c’est une soupape pour sortir un peu de son travail et c’est important de prendre le temps de se voir. J’aime aussi beaucoup écouter de la musique : elle rythme mes pensées et est très structurante pour mon esprit.

Au niveau lectures, je relis actuellement des contes de sages du Japon, qui ont une grande portée philosophique ! Je lis également L’imagination symbolique de Gilles Durand, ou des Corto Maltese, j’ai des goûts très éclectiques ! Malheureusement ma thèse ne m’autorise pas autant de lectures personnelles que je le souhaiterais…

Comment vous définiriez-vous en trois mots clés ?
Curieux : il faut savoir entretenir cela lorsque l’on est chercheur !

Dispersé : cela peut être très fructueux pour tester des corrélations novatrices entre certains éléments, mais cela peut aussi compliquer les choses lorsqu’il s’agit d’élaborer un récit compréhensible pour d’autres que moi.

Déterminé : cela n’a pas été évident d’accomplir ma reconversion professionnelle, mais quand j’ai une idée en tête, je la suis ! D’ailleurs, je mets toujours un point d’honneur à honorer mes engagements.


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[1] Pour plus d’informations sur cette démarche, consulter la page dédiée aux Ateliers Bordeaux Inno Campus.

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